Le supplément au n° 17 d’Ar Falz, paru en juillet 1934, annonce la première édition d’un « Grand concours scolaire de langue bretonne ». Promettant 500 francs de prix (environ 450 euros actuels), le concours s’adresse aux « écoliers de Bretagne » en ces termes : « Vous parlez, la plupart d’entre vous, à la ferme, dans la rue, avec vos parents ou vos camarades un langage bien différent de celui qu’on vous apprend à l’école. [...] Cette langue, c’est un devoir pour vous de l’aimer et de continuer à la parler et votre intérêt d’apprendre à la lire et à l’écrire. » Le concours prend, cette année-là, la forme d’une série d’exercices à partir d’un extrait de Bilzig de Fañch Al Lay. Il privilégie les questions grammaticales et lexicales et mobilise également des connaissances extérieures à l’institution scolaire : les élèves doivent citer les noms des cinq doigts de la main en breton, ainsi qu’imaginer des noms possibles pour un bateau, un chat, un chien…
Armand Keravel a repris la direction du mouvement Ar Falz après la guerre et la loi Deixonne, promulguée en 1951, lui offre l’occasion de relancer les concours scolaires dès 1952. Le contenu du « Concours Yann Sohier » évolue par rapport aux éditions précédentes : il ne s’agit plus d’exercices, mais d’une petite enquête ethnographique accompagnée d’une rédaction en langue bretonne sur un sujet imposé. L’objectif est double : il s’agit à la fois d’encourager la production écrite en breton et de favoriser le lien intergénérationnel en incitant les enfants à interroger les bretonnant·es de leur entourage. Pendant plus de 10 ans, le succès de ce concours se mesure à la croissance du nombre de participant·es : ils sont 177 en 1952, 804 en 1954 et plus de 1 000 en 1959, un recul s’amorce toutefois à partir de 1963. Témoignage d’une pratique orale du breton encore largement généralisée à la campagne, ces textes révèlent aussi le manque de maîtrise de l’orthographe standard et les ajustements trouvés par les élèves à partir de leur maîtrise du français écrit.
Ces concours, qui ont constitué une rare occasion de valoriser la compétence linguistique des élèves en breton dans le contexte scolaire, demeurent accessibles : près de 2 000 rédactions sont conservées dans le fonds Armand Keravel de la bibliothèque du Centre de recherche bretonne et celtique (CRBC) à Brest, comme le texte rédigé par cette jeune élève d'une école du Finistère en 1957.

