Saint-Brieuc, le 10 mars 1972. La grève illimitée est votée à l’usine du Joint français. L’entreprise des Côtes d’Armor compte plus de 60 % de femmes, ouvrières spécialisées. « On a fait en sorte de perturber le travail, raconte Julia Le Louarn, ouvrière au Joint français à cette époque. La nuit, c’était la même chose, on faisait des débrayages par équipe. Après, ça a été la grève générale, et là, tout le monde est sorti. » La grève du Joint français déclenche un immense élan de solidarité, qui marque un tournant dans l’histoire de la région. C’est aussi le cas à Plogoff (Finistère), à la pointe du Raz. Dans les années 1980, un mouvement émerge pour protester contre l’implantation d’une centrale nucléaire. L’enquête d’utilité publique, étape préalable aux travaux, donne l’occasion aux adversaires du projet de faire entendre leurs voix dans les médias. Les femmes sont en première ligne, comme Amélie Kerloc’h, maire de la commune à cette époque. Elles organisent des opérations de nuit visant à couper l’accès au bourg et tiennent tête aux gendarmes mobiles. Des milliers de manifestantes et de manifestants viennent leur prêter main-forte ; la centrale ne verra jamais le jour.
Avant la Révolution française
De longue date, les femmes ont su se faire entendre. Avant même la Révolution française, en 1767, des ouvrières se mettent en grève pour obtenir de meilleurs salaires dans les mines de plomb argentifère de Poullaouen (Finistère). Le conflit dure six semaines ; elles finissent par obtenir gain de cause. « Il pourrait bien s’agir de la première grève spécifiquement féminine de l’Histoire connue de nos sources », d’après l’historien Vincent Daumas. Plus tard, à l’usine, les conflits vont se multiplier. En 1917, à la poudrerie de Pont-de-Buis (Finistère), des ouvrières soumises à des cadences lourdes et moins payées que leurs homologues masculins se mettent en grève. C’est aussi le cas après la Grande Guerre (1914-1918), à Douarnenez (Finistère), où les ouvrières des usines de conserves de poissons, autrement appelées les « sardinières », obtiennent une revalorisation salariale après plusieurs semaines de conflit, en 1925.
Une histoire aux oubliettes
Mais, souvent, le rôle de ces femmes est resté dans l’ombre. Au Joint français, si les femmes sont majoritaires dans l’usine, ce sont pourtant les hommes qui prennent le micro et sont interviewés par les médias. Et qui connaît aujourd’hui le long combat mené à l’usine de lingerie Chantelle à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), où des ouvrières ont séquestré leur patron et voté la grève illimitée en 1981 ? Même situation au port de pêche de Lorient (Morbihan) où, longtemps, les combats des dockers ont attiré l’attention de la presse. La mobilisation des ouvrières du port qui revendiquaient le même statut que leurs homologues masculins est, elle, tombée aux oubliettes. Seule la cinéaste franco-suisse Carole Roussopoulos (1945-2009) s’y est intéressée en 1985. Son documentaire Les Travailleuses de la mer a été projeté à Lorient l’an dernier, probablement pour la première fois. La plupart des protagonistes, dont des femmes syndicalistes, étaient présentes dans la salle, quarante ans après le tournage. Toujours fières de la lutte qu’elles ont menée.





