Parmi les représentations de l’Ankou en Basse-Bretagne, il en est un qui semble avoir plus marqué les esprits que les autres, c’est celui de Ploumilliau. C’est l’un des deux modèles sculptés dans le bois et le seul présent aujourd’hui encore dans une église. Son squelette décharné a donné lieu à un dicton bien connu en Trégor : Treut evel Ankou Plouillio, maigre comme l’Ankou de Ploumilliau. Le degré de familiarité entretenu naguère avec la mort en Bretagne et la dimension humaine de l’Ankou sont vérifiés par le surnom que l’on donne encore dans le pays à son effigie : Erwanig Plouillio, c’est-à-dire petit Yves de Ploumilliau. Ce n’est pas un hasard. Le rapprochement est immédiatement fait avec un homonyme notoire, saint Yves de Vérité, personnage également statufié et présent autrefois dans un petit oratoire à Trédarzec. En ce lieu éloigné du bourg se pratiquait une forme de culte parallèle au grand saint Yves de Tréguier, patron des hommes de lois. On allait le trouver pour obtenir réparation d’un grand tort. La demande de sentence était grave puisqu’il s’agissait ni plus ni moins que de vouer son ennemi à la mort, gwestlañ, comme on disait en breton. Le coupable se sachant ainsi voué, ne tardait pas à dessécher sur pied. Frappé d’une maladie languissante, il dépérissait de jour en jour et mourait à petit feu. Mais il fallait bien se garder d’accuser quelqu’un à tort car le châtiment se retournait contre celui qui avait faussement accusé son prochain. L’Ankou de Ploumilliau remplissait, lui aussi, ce même rôle de justicier avec les mêmes conséquences.
L’ankou justicier
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Auteur : Daniel Giraudon, « L’ankou justicier », Bécédia [en ligne], ISSN 2968-2576, mis en ligne le 18/11/2016.
Permalien: https://bcd.bzh/becedia/fr/lankou-justicier
Auteur : Daniel Giraudon
Daniel Giraudon est professeur de breton émérite et chercheur associé au CRBC (Centre de recherches bretonnes et celtiques). Il est né à Binic en 1944, à la limite entre Pays Gallo et Pays bretonnant. Ses parents parlent volontiers ce que l’on appelle en son temps « le patois » , qu’il apprend donc de manière naturelle et qu’il entretient dans la campagne de Pordic. Il s’initie au breton au lycée. Nommé professeur d’anglais à Lannion en 1969, il découvre le Trégor où la langue bretonne est encore très vivante. Il apprend le breton populaire, qu’il perfectionne en faisant la connaissance de Jules Gros (1890-1992), mais aussi Anjela Duval, Yvette an Dred, Roger Laouenan ou Maria Prat. Il soutient une thèse de doctorat en 1982 (Chansons de langue bretonne sur feuilles volantes et compositeurs populaires, un chanteur-chansonnier, Yann ar Gwenn). Après avoir enseigné à l’IUT de Lannion (1989-1999), il est nommé Maître de conférences puis Professeur de breton à l’Université de Bretagne Occidentale dans la section de celtique (1999-2006). Au cours de sa carrière, il publie plusieurs livres et nombreux articles sur la culture bretonne, dans des revues scientifiques ou de vulgarisation. Aujourd’hui, il poursuit ses recherches et publie des articles dans divers médias.
Daniel Giraudon, Bretagne rebelle, railleuse et rimailleuse, Editions Goater, 2025
Daniel Giraudon,La Bretagne à travers chants, Yoran embanner, 2024
Daniel Giraudon, Le Trésor du breton rimé. Rimes de l’enfance, Rimodellou ar vugale, Editions Emgleo Breiz, Brest, 2014.
Daniel Giraudon, Le Trésor du breton rimé. Rimes des gens et du temps, Rimodellou an dud hag an amzer, Editions Emgleo Breiz, Brest, 2014.
Proposé par : Bretagne Culture Diversité
