L’ajonc à tout faire

Auteur : François de Beaulieu / mai 2017
L’ajonc fraîchement coupé était pilé dans des auges avec un maillet ferré. À partir des années 1850, on utilisa de plus en plus le « hache-lande » en fonte, à manivelle ou relié à un manège actionné par le cheval. Pour disposer de plus d’ajonc à piler, on semait l’ajonc d’Europe dans les terres pauvres ou les délaissés de champs.

Quand il vieillissait, l’ajonc offrait un bois très apprécié pour faire la cuisine. Un boulanger pouvait acheter au moins 5 000 fagots d’ajonc chaque année. Un bon travailleur faisait ses cent fagots dans la journée. Il s’activait de décembre à avril. On disait que le chant de la grive draine entendu au cœur de l’hiver pouvait se traduire par : « Coupe de l’ajonc, fais des fagots / Il va neiger, tu verras (Troc’hañ lann, fagodiñ / Erc’h a ray, gwel’t a ri) ».

La floraison quasi continue des ajoncs en Bretagne ne pouvait avoir qu’une origine miraculeuse. Pendant que Dieu faisait les fleurs les plus belles, le Diable s’appliquait à la réalisation d’un chef-d’œuvre : une plante qui n’était qu’une accumulation de longues épines vertes. Ému par tant de méchanceté, le Bon Dieu déclara qu’en compensation cette plante fleurirait toute l’année. Une version du Cap Sizun affirme que le Diable se désespérait de ce que les Bretons allaient tous directement au paradis. Il s’en plaignit à Dieu qui lui accorda de prendre les âmes quand l’ajonc ne serait pas en fleur. Le Diable attendit… longtemps. Alors il planta des vignes autour de la Bretagne, ouvrit des cabarets, enivra les Bretons sur le chemin du paradis et put enfin remplir l’enfer !

Proposé par : Bretagne Culture Diversité