Le Lycée Expérimental de Saint-Nazaire

Auteur : Hubert Chémereau / août 2021
Il est sans doute le lycée le plus connu de Saint-Nazaire, une innovation pédagogique unique dans l’Hexagone ayant fait son nid, en 40 ans d’existence, dans la quatrième ville de Bretagne. Le Lycée Expérimental, un établissement scolaire d’un genre nouveau, ouvre ses portes en février 1982 dans le sillage de la victoire de la gauche.

Une idée née dans les années 1960

Contrairement aux idées reçues, le Lycée Expérimental n’est pas né de Mai 68 mais bien de l’ébullition des années 1960 au sein de la Cité scolaire Aristide-Briand de Saint-Nazaire. Celle-ci est à sa création, en 1959, la plus grande de Bretagne. Tout part de la rencontre de deux jeunes professeurs nommés dans le port de l’estuaire de la Loire : André Daniel et Gaby Cohn-Bendit, tous deux engagés à l’École Émancipée. De cette rencontre naît, avec l’appui d’un réseau d’enseignants acquis à la méthode Freinet, une longue réflexion sur la création d’un lycée qui serait aux antipodes du « lycée caserne ».

Malheureusement, les blocages de l’Éducation nationale qui suivent Mai 68 rendent impossible toute évolution de l’institution. Pour André Daniel, l’après 68 est même pire encore : « Comme nous répondra le proviseur à la reprise en 68, c’est une prérogative du chef d’établissement que de répartir les différents professeurs dans les différentes classes, alors que nous lui proposions une équipe pour travailler ensemble sur un groupe de classes. » Cela ne décourage toutefois pas ces deux « trublions » qui persistent dans leur démarche, encouragés par l’effervescence des années, particulièrement forte en Bretagne en ces temps de Revival culturel. Sans compter que la ville de Saint-Nazaire, bastion socialiste connu pour sa tradition d’innovation sociale, constitue un milieu particulièrement propice.

10 mai 81, une opportunité est saisie

Toutes ces années de réflexions et d’échanges débouchent finalement sur un projet de lycée alternatif prêt à l’emploi. Dans l’euphorie de mai 81, Gaby Cohn-Bendit et André Daniel rencontrent le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Alain Savary, qui leur donne carte blanche pour créer un lycée dit « expérimental ».

Comme le rappelle André Daniel, « Alain Savary a su nous entendre lorsque nous lui avons demandé la possibilité d’y introduire le pluralisme. Dans sa lettre au ministre publiée dans Libération, Gaby avait parlé au nom des élèves et des profs qui aspiraient depuis longtemps à vivre autre chose. C’est pourquoi l’adjectif expérimental, inventé par un inspecteur d’Académie chargé d’encadrer administrativement l’affaire, est tout à fait malvenu et crée encore des confusions ».

Ouverture en février 1982

Les deux compères saisissent néanmoins bien la fenêtre de tir qui vient de s’ouvrir avec la victoire de la gauche… et qui va très vite se refermer. Alors que l’ouverture du nouveau lycée est prévue pour le début de l’année 1982, ils travaillent durant des mois à composer l’équipe éducative, à trouver des locaux et à faire connaître l’établissement aux futurs élèves. André Daniel se souvient, au moment du 30e anniversaire : « Il fallait de solides convictions, une certaine inconscience, mais aussi une bonne expérience pour vouloir construire un lycée nouveau ! Une construction qui s’est faite de bric et de broc, dans des locaux de fortune dispersés, avec des élèves arrivés de tout le pays : rebelles irréductibles, revenus de tout sans être allés nulle part, laissés pour compte…» Cet établissement est pensé comme une alternative pour les enseignants ne supportant plus le système scolaire tel qu’il est et pour des élèves tout aussi allergiques à l’autorité de l’institution. Si, depuis les années 2000, le lycée est bien intégré dans le paysage nazairien, il a longtemps vécu dans un climat quelque peu hostile du côté des institutions locales, à commencer par le maire de Saint-Nazaire arrivé aux affaires en 1983, Joël Batteux (PS tendance chevènementiste), qui n’y voit qu’une bande de marginaux et d’enseignants en dissidence.

Depuis les années 1990, le Lycée Expérimental a pris ses quartiers dans l’ancien Hôtel de la Compagnie Générale Transatlantique. Photo Hubert Chémereau.

Lycée XP, autonomie à tous les étages

Aujourd’hui encore, l’esprit des origines est toujours là. Comme il est mentionné sur le site internet du Lycée XP (terme utilisé par ses membres) : « La gestion de l’établissement est faite par les deux collectivités du lycée, les Membres de l’équipe éducative (MEE) et les élèves. De la cuisine, au secrétariat, en passant par le ménage et les cours, tout le monde fait tout, il n’y a pas de hiérarchie ! » Après 40 ans d’existence, le « Lycée XP » doit continuer à s’adapter et se réinventer au milieu d’un environnement en pleine évolution. Il est proposé aux élèves une pratique civique et un savoir global pour bâtir le monde dans lequel ils devront vivre. Le lycée développe des échanges à l’international, en particulier avec des établissements similaires à travers l’Europe. Petit clin d’œil à la localisation du lycée, le journal de l’établissement est dénommé Lise Arnodel, « lycée expérimental » en breton.

CITER CET ARTICLE

Auteur : Hubert Chémereau, « Le Lycée Expérimental de Saint-Nazaire », Bécédia [en ligne], ISSN 2968-2576, mis en ligne le 31/08/2021.

Permalien: http://bcd.bzh/becedia/fr/le-lycee-experimental-de-saint-nazaire

BIBLIOGRAPHIE : 

 

  • Bernard Régis, Closquinet Jean-Paul et Morice François, Chroniques ordinaires d’un lycée différent, Paris, L’Harmattan, 2007.

  • Cohn-Bendit Gabriel, Pour une autre école. Repenser l’éducation, vite !, Paris, éditions Autrement, 2013.

  • Daniel, André, « Saint-Nazaire : le Lycée expérimental n’est pas un enfant de 68 », Revue Place publique Nantes-Saint-Nazaire, n°9, mai-juin 2008, p. 63-66.

  • Kérouanton Joël et le Lycée Expérimental de Saint-Nazaire, Balises Xp, Lille, éditions Nuit Myrtide, 2009.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité