Les italiens dans le Morbihan vers 1930

Auteur : Anne Morillon / décembre 2016

Pour les travailleurs étrangers, l’entre-deux-guerres constitue une période contrastée. Les pertes humaines dues à la Grande Guerre nécessitent au début des années 1920 un nouvel appel à la main-d’œuvre étrangère. Mais avec la première crise économique mondiale, au début des années 1930 des mesures limitent l’entrée des étrangers en France et affirment la préférence nationale dans l’emploi. Dans un contexte de fort chômage et d’hostilité envers les étrangers, qui sont suspectés de « prendre la place » des Français, les entreprises bretonnes, comme d’autres, sont tenues de s’expliquer sur la présence d’étrangers parmi leurs employés. La loi de 1932 instaure dans chaque département des quotas d’étrangers selon les besoins secteur par secteur. Pourtant, le recours à la main-d’œuvre étrangère ne cesse pas totalement. Ainsi les Italiens sont très présents dans les travaux publics, notamment dans le Morbihan. Ils travaillent dans les entreprises d’origine italienne déjà implantées et font venir leurs enfants ou leurs frères restés au pays. Divers chantiers motivent ces arrivées, parmi lesquels la construction du barrage de Guerlédan en 1928, le préventorium de Plumelec en 1928, la mairie de Séné en 1926, les installations du camp militaire de Coëtquidan en 1930, l’usine de conserverie à Groix en 1935, le barrage de Kercado à Carnac en 1933. En effet, 81 % des Italiens du Morbihan sont des maçons et des ouvriers cimentiers ayant apporté leur savoir-faire de leurs régions d’origine. Cette prépondérance des emplois du bâtiment souligne une immigration professionnelle spécifique répondant à un besoin non couvert par les entreprises et la main-d’œuvre locales. Mais, dans les années 1930, les artisans locaux du bâtiment demandent à ce que l’administration ne délivre plus de permis de travailler aux Italiens.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité