Les mégalithes des Landes de Lanvaux

Auteur : Philippe Gouezin / décembre 2016
L’intérieur de la Bretagne a longtemps été délaissé par les archéologues. Le massif des Landes de Lanvaux est pourtant un espace privilégié d’implantation de mégalithes et ceci à toutes les étapes chronologiques de la période néolithique.

Géographie et morphologie

Le trait physique majeur de ce massif est un affleurement granitique qui se présente sous la forme d’une longue crête de 90 km, large de 6 à 10 km, orientée est-ouest. Ce premier contrefort de la Bretagne sud a une altitude s’échelonnant entre 70 et 165 mètres. L’arénisation  de ce massif a laissé visibles des formations importantes de chaos granitiques. Les populations néolithiques ne manqueront pas d’y associer certains mégalithes.

Historique des travaux

Nos prédécesseurs archéologues, comme Louis Marsille, Ernest Rialan ou encore Fernand et Henri de Cussé, firent de brèves opérations archéologiques. Nous devons au comte de La Fruglaye le premier rapport de fouilles effectuées sur un dolmen de la commune de Moustoir-Ac en 1856. Les premières fouilles modernes apparaîtront de 1967 à 1976 sous l’impulsion de Jean L’Helgouach et Joël Le Cornec.

L’originalité du mégalithisme

Moins spectaculaires que certains monuments situés sur le littoral, les mégalithes des Landes de Lanvaux en font, par leur variabilité architecturale, une région à grande valeur patrimoniale. Le gigantisme est moins présent mais les aspects architecturaux sont souvent atypiques. Ils s’articulent parfois avec des éléments environnementaux. Une relation privilégiée avec le monde minéral est bien visible.

Espaces des vivants, espaces des morts

Mutation économique néolithique et identité collective des populations vont s’exprimer au travers d’espaces différenciés. Celui des vivants avec la mise en place de dispositifs de pierres dressées, celui des morts avec la mise en œuvre d’espaces sépulcraux (tumulus et dolmens). La construction de maisons des morts au même niveau que celles des vivants est révélatrice d’une relation particulière entre les deux entités. Des mimétismes de formes et d’implantations sont nettement identifiés. Les projets architecturaux et les matériaux employés seront combinés et apporteront une importante variabilité architecturale.

Les dolmens à couloir

Dolmen de Coëby (Trédion). Crédit : Philippe Gouezin

Dolmen des Hardys Behellec (Saint-Marcel). Crédit : Philippe Gouezin.


La présence de dolmens à couloir à l’intérieur des terres est anecdotique, mais le secteur des Landes de Lanvaux présente une quantité non négligeable de ce type architectural (Coëby  à Trédion, Hardys Béhellec à Saint-Marcel). L’ensemble de Larcuste à Colpo se compose de deux cairns dont un comprend deux dolmens à couloirs et l’autre un dolmen dont le couloir dessert de multiples chambrettes.

Vue au-dessus des chambrettes du cairn de Larcuste (Colpo). Crédit : Philippe Gouezin.

Les dolmens angevins

Ce type architectural, principalement centré dans le Saumurois et l’Anjou, est connu dans l’est du département du Morbihan (La Ville-au-Voyer à La Chapelle-Caro et le dolmen des Follets à Saint-Gravé). Il se caractérise par des chambres sépulcrales rectangulaires de grandes dimensions, précédées d’un portique d’accès court, plus étroit et plus bas. La tombe est souvent subdivisée par une ou plusieurs cloisons.

Dolmen angevin de la Ville-au-Voyer ou Maison-trouvée (La Chapelle-Caro).  Crédit : Philippe Gouezin.
Dolmen angevin des Follets (Saint-Gravé). Crédit : Philippe Gouezin.

Les dolmens à couloir sont orientés dans le quadrant sud-est de notre rose des vents et peu se trouvent en corrélation directe avec un axe remarquable de solstice ou d’équinoxe.

Les dolmens en allée couverte

Allée couverte de Mein Gouarec (Plaudren). Crédit : Philippe Gouezin.
Allée couverte de Kerjagu (Colpo). Crédit : Philippe Gouezin.


Une multitude de dolmens en allée couverte couvre le territoire des Landes de Lanvaux. Ces sépultures collectives occupent souvent les bords du plateau de Lanvaux. Elles ne présentent plus de couloir d’accès mais un petit vestibule d’entrée situé dans le prolongement de l’espace sépulcral allongé. Une dalle de chevet termine le fond de la sépulture. Un tumulus enveloppe la tombe dans la stricte nécessité de maintien de l’ensemble. Quelques-uns montrent une entrée latérale mais ils sont peu nombreux en Armorique.

Allée couverte de La Loge au Loup (Trédion). Crédit : Philippe Gouezin.

Les dolmens en allée couverte aux parois arc-boutées montrent des dalles qui se rejoignent à leur sommet pour former un toit. Certaines possèdent encore leurs dalles de couverture (dolmen de La Loge-au-Loup à Trédion). Tout aussi atypiques sont les dolmens en allée couverte présentant une architecture mixte qui associe rocher naturel et dalles verticalisées (Pont-Bertho et Menguen-Lanvaux à Plaudren).

Allée couverte de Pont-Bertho (Plaudren). Crédit : Philippe Gouezin.
Allée couverte de Men Guen Lanvaux (Plaudren). Crédit : Philippe Gouezin.

Les dolmens sans couloir d’accès

Ces monuments de petites dimensions présentent souvent trois dalles disposées en « fer à cheval » et forment un espace rectangulaire fermé dans leur quatrième côté par un muret en pierre sèche (Roh-Du en forêt domaniale de Camors).

Dolmen sans couloir du Roh-Du (La Chapelle Neuve). Crédit : Philippe Gouezin.

Ils datent du Néolithique récent, vers 2000 ans avant J.-C., et ont livré quelques éléments de tradition campaniforme.

Les pierres dressées


Les pierres dressées représentent 40 % des dispositifs mégalithiques. Leurs positions géographique et topographique sont très variables, sans qu’il y ait d’emplacements privilégiés. Notons ceux du Boisker et de Kermarquer à Moustoir-Ac, de Regnon à Pleucadeuc, du Bignon à Saint-Guyomard.
L’alignement de Kersolan à Languidic avait à l’origine plusieurs centaines de blocs. Sur une file unique, celui de Kornevec à Camors montre quelques dizaines de dalles disposées sur 400 m avec une hauteur croissante des monolithes.

Conclusion

Les traces d’habitats sont rares et encore trop peu étudiées. Le monde des vivants est pourtant directement lié au domaine des morts. La mémoire des ancêtres semble avoir conditionné certains lieux d’implantation de mégalithes et œuvré en faveur d’une continuité cultuelle.
 

Bibliographie 

  • Giot Pierre-Roland, Monnier Jean-Laurent, L’Helgouach Jean, Préhistoire de la Bretagne, Rennes, Éditions Ouest-France, 1998, 589 p.
  • Gouézin Philippe, Les Mégalithes du Morbihan intérieur. Des Landes de Lanvaux au nord du département, Collection Patrimoine archéologique de Bretagne, Institut culturel de Bretagne,  Laboratoire d’Anthropologie-Préhistoire (UPR 403 CNRS), université de Rennes I, 1994, 127 p.
  • L’Helgouach Jean, Le Cornec Joël, Le site mégalithique de Min-Goh-Ru près de Larcuste à Colpo (Morbihan), BSPF n° 73, 1976, p. 370-397.
  • Joussaume Roger, Des dolmens pour les morts. Les mégalithismes à travers le monde, Hachette, 1985, 400 p.
  • Laporte Luc, Le Roux Charles-Tanguy, Bâtisseurs du Néolithique, Mégalithismes de la France de l’Ouest, Collection Terres mégalithiques, dirigée par J. Tarrête, La Maison des Roches, 2004, 128 p.
  • Laporte Luc, Jallot Luc, Sohn Maïténa, « Mégalithismes en France, nouveaux acquis et nouvelles perspectives de recherche », Gallia Préhistoire n° 53, 2011, p. 289-338.
  • Tinevez Jean-Yves, « La sépulture à entrée latérale de Beaumont en Saint-Laurent-sur-Oust », Revue archéologique de l’Ouest, n° 5, 1988, p. 55-78.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité