Les sept saints et le Tro Breiz

Auteur : Philippe Lanoë / novembre 2016

« Celui qui n’aura pas réalisé le Tro-Breiz de son vivant devra le réaliser après sa mort, mais cette fois, en avançant de la longueur de son cercueil, seulement une fois tous les sept ans. »

Voici une vision bien macabre du Tro Breiz, dans l’esprit de la Légende de la mort d’Anatole Le Braz à la fin du XIXe siècle.

Le Tro Breiz invite le pèlerin à relier à pied les églises cathédrales des sept évêchés occidentaux de Bretagne, ceux des sept saints fondateurs de la Bretagne au VIe siècle, délaissant Rennes et Nantes.
Cette géographie entre en effet dans les limites de la Bretagne avant que les comtés de Rennes et de Nantes ne tombent entre les mains des Bretons au IXe siècle.

Le chiffre sept, d’une valeur symbolique de perfection, est associé au culte de plusieurs groupes de saints comme les Sept Dormants d’Éphèse.
La vie de saint Padarn, au pays de Galles, à la fin du XIe siècle, assimile son héros à saint Paterne de Vannes et le compte explicitement au nombre des « sept saints évêques de Bretagne ». Le Roman de Brut en fait aussi état au XIIe siècle, mais la Chanson de Roland évoque les sept saints sans préciser s’il s’agit des évêques fondateurs.

La symbolique des sept saints s’est incarnée dans le Tro Breiz des saints fondateurs et évêques, attesté de manière sûre vers 1300. La première mention indiscutable apparaît dans le procès en canonisation d’Yves Hélory.
Il n’a sans doute jamais mobilisé un grand nombre de pèlerins et à la fin du XVe siècle sa pratique est éteinte. Anatole Le Braz évoque cependant la mémoire d’une mendiante qui aurait effectué ce Tro Breiz vers 1800.

Ce curieux pèlerinage en boucle sort de l’oubli grâce aux travaux de Julien-Toussaint Trévidic à la fin du XIXe siècle, en plein régionalisme et retour en grâce des saints bretons. Cependant l’intention est avant tout patrimoniale voire déjà touristique et, en 1950, Florian Le Roy publie un guide du Tro Breiz.

Il ressuscite véritablement en 1994 sous l’impulsion de Philippe Abjean, animateur de l’association « Les chemins du Tro Breiz », et connaît un succès grandissant. Que les motivations soient écologique, touristique, bretonne ou religieuse, parfois toutes à la fois chez les pèlerins-marcheurs, le moteur de la réussite est peut-être à chercher dans le besoin d’une « re-sacralisation d’une terre meurtrie par les hommes » pour reprendre la formule de Brigitte Bleuzen.