Pièces en breton, décors et costumes

Auteur : Patrick Gourlay / mai 2018

Émile Cloarec, Charles Le Goffic et Anatole Le Braz ont su créer une dynamique autour de leur projet. Au plan local, chacun y prend sa part : menuisiers, charpentiers, forgerons donnent deux journées de travail pour monter la scène, les décors, et pour préparer l’accueil du public. Les paysans ont assuré le transport du matériel avec leurs charrettes ; les aubergistes ont fourni des fûts sur lesquels les sonneurs jouent ; les familles nobles fouillent dans leurs garde-robes afin d’y dénicher quelques perruques et habits.

Dans les coulisses - Collection Musée départemental breton, Quimper. Cliché Serge Goarin / Musée départemental breton

Bien entendu, le théâtre repose sur des pièces en langue bretonne. Émile Cloarec demande que des auteurs modernisent les textes anciens, souvent datés, et très longs. C’est ce que fait, par exemple, Charles Gwennou en retravaillant Sainte Tryphine et le roi Arthur. Mais ne jouer que des pièces anciennes serait, pour les initiateurs du renouveau, une forme d’échec. C’est pourquoi ils lancent un appel aux auteurs bretons afin qu’ils proposent leurs créations contemporaines. Ainsi Charles Rolland écrit Ar Vezventi !, sur les ravages de l’alcoolisme, François Jaffrennou fait jouer Ar Bourc’his lorc’hus (Le Bourgeois vaniteux), et le républicain Paul Cadiou écrit un drame, Ar Miliner Bot-Kador, (Le Meunier de Bot-Kador). Le répertoire des Paotred Plouiann, entre 1898 et 1914, rassemble une dizaine de pièces clairement identifiées.

Et puis, le théâtre ce sont les décors et les costumes. Pour les premiers, Maxime Maufra est pleinement engagé et réalise à deux reprises les toiles de fond. En 1898, il peint sur une toile de 36 m² un château féodal avec, en arrière-plan, la mer qui doit engloutir la ville d’Ys. L’ami de Gauguin donne une touche moderne à sa représentation. Les acteurs portent des costumes dessinés par Ary Renan et fabriqués par la maison Lambert à Paris : c’est le costumier du Palais-Royal. En 1898, la facture des costumes s’élève à 1 400 francs ; sachant, à titre de comparaison, que le salaire annuel d’un ouvrier agricole est alors de 1 000 francs, on peut affirmer que tout est mis en œuvre pour que le succès soit au rendez-vous.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité