Théâtre populaire breton et politique

Auteur : Patrick Gourlay / mai 2018

La représentation de Ploujean est programmée au lendemain de la fondation, à Morlaix, de l’Union régionaliste bretonne (URB). Ce n’est pas un hasard si les membres de ce qui fut le premier parti régionaliste de France sont aussi de l’aventure théâtrale : Anatole Le Braz en fut le premier président, accompagné d’Émile Cloarec (vice-président en 1901), de Charles Le Goffic, de François Jaffrennou, qui fit jouer ses pièces par la troupe de Ploujean, et de Maxime Maufra pour qui le théâtre était le meilleur moyen de sensibiliser les gens au patrimoine breton.

L’engagement régionaliste de Cloarec amena la troupe de Ploujean à jouer aux différents congrès de l’URB, entre 1898 et 1902. La troupe participa ensuite à des événements républicains et laïcs, comme l’inauguration de la statue d’Ernest Renan à Tréguier (1903), en présence d’Émile Combes, puis à celle de la statue de Luzel à Plouaret (1906). Elle jouait devant les ministres en visite officielle et lors d’inaugurations locales célébrées par des fêtes républicaines au village. Lorsque la crise de la sardine touche les ports du sud Finistère, Cloarec conduit sa troupe à Concarneau (1902), Audierne, Douarnenez et Pont-L’Abbé (1903-1904) pour des représentations à vocation sociale : une partie de la recette est donnée aux bureaux de bienfaisance afin d’aider les familles des marins.

Portée par un député-maire républicain, soutien d’Émile Combes (à l’exception de sa politique contre la langue bretonne), la troupe de Ploujean reçoit, durant plus de dix ans, une subvention annuelle de l’État d’un montant de 1 500 francs, ce qui la place au deuxième rang national après la troupe de Bussang (Vosges). Le théâtre populaire breton est pour Cloarec un engagement culturel, politique et social.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité