« Je fais partie d’un bassin versant »

Auteur : Philippe Merot / août 2017
Les bassins versants bretons sont le système naturel de collecte des eaux de pluie, avec un fonctionnement particulier dû aux caractéristiques de la péninsule bretonne. Ils sont aussi un territoire de gestion de la ressource en eau et des activités humaines que se sont approprié les Bretons depuis les années 1970.

Définition

Le bassin versant est une zone géographique de collecte des eaux délimitée en amont par les lignes de partage des eaux, ou lignes de crête, et en aval par l’exutoire (un point sur un cours d’eau ou plan d’eau). Cet exutoire peut se trouver sur le littoral, ce qui définit un fleuve, mais on peut en choisir un à chaque confluence ou même en chaque point du réseau hydrographique, auquel est donc associé une surface de bassin versant correspondante. Une référence particulière peut être faite aux bassins versants élémentaires, appelés têtes de bassins, et qui ne comportent qu’un seul cours d’eau, avant toute confluence. Ils sont le lieu où les rivières, à leur source, prennent leur « signature » physique ou chimique de base, définie par leurs modalités d’écoulement et leur composition chimique. Ces têtes de bassins représentent en Bretagne une superficie importante, du fait de l’absence de grands bassins, hormis le bassin de la Vilaine (10 000 km²).

Schéma d’un bassin versant - Crédit : Dréal

Les bassins versants bretons

De par la forme de la Bretagne en péninsule, le réseau hydrographique breton est découpé en plus de 560 bassins versants débouchant à la mer et dont la superficie va de moins de 1 km² à plus de 1 000 km². On dénombre 197 très petits bassins de moins de 50 km² et couvrant 10 % du territoire ; la majorité alimente de très petits fleuves côtiers, systèmes isolés sur le plan de l’organisation hydrographique, qui se jettent directement dans la mer. À l’inverse, les grands bassins qui dépassent 1 000 km² de surface, bien qu’au nombre de 5 seulement, couvrent près de 55 % du territoire régional. Les 94 bassins de plus de 20km² en couvrent de l’ordre de 95 %.

Représentation des 94 bassins versants principaux de plus de 2 000 hectares avec en couleur la représentation de l’altitude. Les bassins versants côtiers et les zones extérieures à la Bretagne sont représentés en blanc. (Aurousseau et al.) - ENSAR Rennes
 

Les caractéristiques générales des cours d’eau bretons

Les caractéristiques des cours d’eau bretons sont marquées par une grande variation spatiale et une forte variabilité temporelle, dans un contexte de climat tempéré océanique. Les débits moyens annuels varient, selon les bassins, du simple au triple, du fait des gradients est-ouest, de la distance au littoral, de l’altitude et de la géologie. Les débits sont en moyenne plus forts à l’Ouest, car la région est plus arrosée et plus fraîche ; les bassins sur granite ont des débits plus réguliers, car les sols sont plus perméables et le sous-sol altéré susceptible de stocker de l’eau. À l’inverse les bassins sur schistes altérés et avec des sols de limon (comme la Seiche, dans le bassin de Rennes) ont des étiages prononcés mais aussi des crues (à montée lente) qui peuvent être très importantes. Les crues des bassins littoraux sont souvent liées à des conflits avec la mer, notamment lors des grandes marées ; les hautes mers de vives eaux contrarient l’écoulement des eaux de la rivière dans les estuaires, rias et autre abers.

Le fonctionnement des bassins versants bretons

Les chemins de l’eau sont relativement superficiels, du fait de la proximité de la surface de la nappe avec la topographie, proximité qui s’accentue dans les fonds de vallée et en période hivernale. Ceci donne un rôle important aux processus de surface, et notamment à l’existence de zones critiques (« hot-spot ») de deux types : les zones émettrices (d’eau, de sédiments érodés, de polluants), comme les parcelles agricoles sans couvert végétal, et des zones de régulation (des zones tampons), comme les zones humides. Celles-ci, qui couvrent de l’ordre de 15 à 20 % des surfaces dans les bassins versants bretons, jouent un rôle clé sur les écoulements et sur la qualité de l’eau. Les conditions particulières qui règnent dans ces zones humides en font des réacteurs géochimiques qui modifient la composition de l’eau et diminuent les polluants en excès. Le bocage, avec son réseau d’arbres, est un autre système de régulation.

« Je fais partie d’un bassin versant »

C’est une affirmation que l’on entend souvent en Bretagne. Ceci est a priori une évidence, car, sauf à être en mer, on se trouve, où que l’on soit, dans un bassin versant. Mais cela signifie quelque chose d’autre en Bretagne. Cette région a été la première, depuis les années 1970, à se mobiliser pour entreprendre, au niveau des bassins versants, des actions de gestion et de restauration de la ressource en eau. Le bassin versant, définissant naguère la simple organisation naturelle de l’hydrologie, est devenu un territoire, donc un espace habité et géré, avec des objectifs (bassins versants « Bretagne eau pure », « algues vertes », haute qualité environnementale, etc.). Cette affirmation montre en fait l’appropriation de cette notion de bassin versant et donc de ce territoire par les Bretons.

Le bassin de la Basse-Loire. Les rivières du nord de la Loire-Atlantique dépendent du bassin de la Vilaine. Source : Coordination Estuaire

CITER CET ARTICLE

Auteur : Philippe Merot, « « Je fais partie d’un bassin versant » », Bécédia [en ligne], ISSN 2968-2576, mis en ligne le 24/08/2017.

Permalien: https://bcd.bzh/becedia/fr/je-fais-partie-d-un-bassin-versant

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