Les Bretons sont-ils têtus ?

Autrice : BCD / mars 2024
Les Bretonnes et les Bretons ont la réputation d’avoir la tête aussi dure que le granit qui les entoure. Mais d’où vient cette image qui leur colle à la peau ?

En 1829, dans son roman Les Chouans, l’écrivain Honoré de Balzac dépeint les Bretons sans prendre de gants : « Une incroyable férocité, un entêtement brutal, mais aussi la foi du serment […] s’accordent à rendre les habitants de ces campagnes plus pauvres de combinaisons intellectuelles que ne le sont les Mohicans et les Peaux-Rouges de l’Amérique septentrionale, mais aussi rusés et aussi durs qu’eux. » Un peu plus tard, Gustave Flaubert, qui a sillonné la Bretagne pendant trois mois en 1847, s’amuse de cette réputation dans son Dictionnaire des idées reçues. « Bretons : tous braves gens, mais entêtés », écrit-il, un brin moqueur. Même le célèbre folkloriste Anatole Le Braz, auteur de La Légende de la mort, n’y va pas de main morte lorsqu’il reproche aux habitantes et habitants de la région leur obstination légendaire. « La masse des Bretons continue le rêve celte, hostile aux suggestions du dehors, circonscrit dans les formes trop étroites d’un particularisme local. Ils pensent, de nos jours, avec le cerveau de leurs lointains ancêtres, sans l’avoir enrichi d’une cellule nouvelle », déplore-t-il.

« Dur au mal et têtu comme un Breton »

Les Bretons seraient-ils donc si « pennek » (têtus) ? Nulle étude scientifique ne saurait valider ce cliché, mais celui-ci se distingue par son caractère tenace. Il s’étend notamment au domaine du sport, et du cyclisme en particulier. La Bretagne a en effet la réputation d’être une terre de vélo. De Lucien Mazan à Bernard Hinault, en passant par Louison Bobet, on ne compte plus les rois de la bicyclette dans la région. Le jeune Jean Robic, champion du Tour de France en 1947, apparaît aux yeux des médias de l’époque en coureur « dur au mal » et surtout… « têtu comme un Breton ». Plus tard, même l’humoriste Pierre Desproges s’amuse de ce trait de caractère. « On a pu prouver scientifiquement que le Breton était têtu. Les travaux des plus éminents chercheurs du CNRS ont démontré théoriquement que le Breton trempé est encore plus résistant aux fortes pressions que l’acier trempé. Pour passer de la théorie à la pratique, il suffirait de porter un Breton à ébullition. Mais jusqu’à ce jour aucun Breton contacté pour aider la science dans ce domaine n’a voulu prêter son concours. Donc le Breton est têtu. Par sa faute, la recherche française marque le pas », ironise-t-il.

Têtus ? Persévérants !

S’il est impossible de prouver l’entêtement des Bretonnes et des Bretons, plusieurs événements démontrent une certaine obstination, voire une vraie opiniâtreté. Prenons l’exemple des ouvrières des conserveries de Douarnenez qui menèrent une grève de 45 jours pour obtenir une revalorisation de leurs salaires en 1924. La célèbre Joséphine Pencalet, première femme élue conseillère municipale en France et cheffe de file de ce mouvement, portait d’ailleurs un nom prédestiné : penn-kalet signifie « tête dure » en breton ! C’est peut-être aussi grâce à la tenacité des manifestants que la centrale nucléaire de Plogoff n’a jamais vu le jour dans les années 1980. Et que dire des quatorze années de procès menées par les élus de petites communes littorales pour obtenir réparation, à la suite de la tragique marée noire de l’Amoco Cadiz en 1978 ? Quant à la lutte des habitantes et habitants du centre Bretagne pour maintenir l’hôpital de Carhaix, elle est toujours d’actualité.

Aujourd’hui, les intéressés semblent prendre le cliché à rebours. Certaines personnes osent même arborer sur leurs tee-shirts une inscription destinée à faire taire définitivement les plaisantins : « Je ne suis pas têtu. Je suis juste breton. »

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