De nouveaux produits pour le marché européen

Auteur : Gael Briand / mars 2019

Le développement des Compagnies des Indes, tant en France qu’en Angleterre ou dans les Provinces-Unies, marque assurément un tournant dans l’histoire de la mondialisation. Les ports européens où débarquent les marchandises voient soudainement de nouveaux produits apparaître et se démocratiser progressivement dans les sociétés européennes : poivre et épices en général, café, thé mais surtout textiles (indiennes, soie…). À tel point que, selon Philippe Haudrère, « le développement de l’usage des cotonnades met en danger les fabrications européennes d’étoffes de laine et surtout de lin ». Ces textiles se développent tellement que des mesures sont prises pour restreindre les ventes, ce qui développe le marché noir, particulièrement en Bretagne où la marchandise arrive. Leur recensement à Nantes montre qu’en seulement quelques années, les marchandises prohibées ont pénétré toutes les couches de la population ». Les historiens Gérard Le Bouëdec et Eugénie Margoline-Plot estiment que « sous la seconde compagnie des Indes, cotonnades et épices provenant de l’Inde et du Bengale comptent pour 75 % de la valeur des ventes ».

D’autres importations sont également plébiscitées, comme les produits de décoration et l’art asiatique en général, qui d’ailleurs connaît un véritable engouement à cette époque. La porcelaine est massivement importée jusqu’à la fin de ce XVIIIe qui verra la chute de son cours : la maîtrise de sa fabrication en Europe rend en effet moins nécessaires les importations. On note également des produits plus étranges, avec par exemple des tigres vivants débarqués à Lorient au cours du XVIIIe siècle et même un rhinocéros en 1770 !

Dans ce commerce monopolistique français, « quatre villes dominent. Nantes, Lorient, Paris et Saint-Malo achètent 90 % du café, 92 % des thés, 63 % du poivre, 60 % des autres épices, 73 % de la soie, 71 % des toiles blanches, 72 % des toiles peintes, 80 % du papier peint, 72 % de la porcelaine, 88 % des cabarets vernis », expliquent Gérard Le Bouëdec et Eugénie Margoline-Plot. Les ventes constituent de véritables temps forts pour ces villes : les négociants accourent et logent dans des hôtels, vont au théâtre, apportent de la richesse aux villes-ports choisies par le roi. Le commerce de détail se développe et des boutiques spécialisées apparaissent. Une économie dépendante, mais une économie malgré tout.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité