Des étudiants fondent le stade rennais - 10 mars 1901
10 mars 1901 - Des étudiants fondent le stade rennais
Il y a 125 ans, la création du Stade rennais
Le 10 mars 1901, à Rennes, un petit groupe d’étudiants fondent une nouvelle association sportive, le Stade rennais. Ils vont inaugurer les premières passes d’un tout nouveau sport : le football. Venu de l’autre-côté de la Manche, il va bientôt conquérir la Bretagne.
C'est à la toute fin du 19e siècle que le football arrive en Bretagne, apporté par les Britanniques habitués des villégiatures de Saint-Malo et Dinard. Les premiers matchs de football dans la région ont donc probablement eu lieu sur les plages de la Côte d'Emeraude. « Il y a un lien entre les zones touristiques, mais aussi les espaces où il y a des petites colonies britanniques qui sont insérées dans la société locale », souligne l’historien François Prigent dans un podcast consacré au Stade Rennais produit par Bretagne Culture Diversité. La création d'un pensionnat pour Anglais, avec du football au programme pour les jeunes gens, renforce encore cette implantation. De plus, la Bretagne est un espace de confluence : les liens économiques sont denses avec la Grande-Bretagne, provoquant une circulation importante des biens et des personnes entre les deux rives de la Manche. Reproduisant la place centrale du sport dans les élites universitaires britanniques, les étudiants rennais créent leur propre club. « Il y a cette idée que le football fait partie de la modernité à acquérir et que, en inculquant toute une série de valeurs, on va pouvoir former justement des entrepreneurs, des leaders ou des membres qui, en tout cas, vont appartenir à l'élite », rappelle François Prigent.
Les pionniers
Parmi les fondateurs de ce club, on retrouve le jeune Philippe Ghis. Il crée ce nouveau club le 10 mars 1901 avec une bande d’amis. Bien que confidentiels, les premiers entrefilets à ce sujet paraissent la même année dans la presse locale : « le match annoncé entre la Société athlétique du Lycée de Rennes et le Stade Rennais a eu lieu dimanche dernier devant un public peu nombreux, retenu en ville par les expositions de Noël et peu encouragé par le temps brumeux et un peu froid. Le coup d'envoi a été donné à 2h par le Stade Rennais », rapporte L’Ouest-Eclair le 23 décembre 1901. Organisé en association loi 1901 avec des sections étudiantes de football et d’athlétisme, le Stade Rennais Universitaire Club fusionne avec le FC Rennes en 1904.
Un développement urbain
Bientôt, on assiste à un essaimage des clubs qui empruntent les axes de communication (ports, chemins de fer) et se fixent sur les espaces industriels, dans les villes et sur les côtes. Les grandes villes comme Rennes, Nantes, Brest, qui accueillent une jeunesse diplômée, sont privilégiées : la diffusion du football est liée à cette jeunesse diplômée et implantée. Mais de petites et moyennes villes de Bretagne adoptent également ce sport. Cet engouement est en partie lié à la présence du double réseau scolaire en Bretagne, où les milieux laïque et catholique sont particulièrement en concurrence. Côté laïque à Rennes, le Cercle Paul-Bert créé à la fin du XIXe siècle, concurrence les patronages catholiques de la Tour d'Auvergne ou celui des Cadets de Bretagne : l’ensemble de ces structures vont utiliser le football pour continuer à encadrer cette jeunesse et pour porter un discours de modernité et d'action sociale. « Le football constitue presque, j'ai envie de dire, un produit d'appel pour la jeunesse » dit François Prigent.
Ballon en cuir et pelouse humide
Le jeu de ces premiers joueurs reste rudimentaire. « On met souvent les plus petits et les plus rapides sur les côtés pour pouvoir faire les grandes descentes, les grands costauds derrière pour nettoyer et déblayer le terrain », explique François Prigent. C’est un jeu fait d'intensité physique, de concurrence et d'une capacité à pousser le ballon avec une certaine agilité. « N'oubliez pas que le ballon est en cuir, parfois en Bretagne, il pleut de temps en temps, le ballon peut être assez lourd. C'est quasiment impossible de faire une tête avec les ballons qu'on utilisait avant 1914. En tout cas, ça fait très mal, donc c'est très peu utilisé. Par contre, on peut faire des centres pour les amener devant le but et que la balle puisse être poussée. » Le résultat du match n'est pas l'élément le plus important dans ces premières années. Le score n'est même pas toujours clair dans les comptes-rendus. Il s'agit plutôt de vanter avant tout l'esprit sportif, la camaraderie et même souvent la qualité de l'arbitrage. « Oui, il y a un entre-soi sportif entre pairs avec beaucoup d'estime, de respect et de fair-play avec la capacité à inculquer des valeurs de ce point de vue-là. »
Presse et football
Le rôle de la presse est primordial dans cette longue période de diffusion du football. A Rennes, c’est d’ailleurs un tout petit groupe de personnes qui jouent, arbitrent, dirigent, communiquent, écrivent sur le football. Il n'exise pas de séparation entre le terrain et le hors-terrain : les gens de l'intérieur du stade portent aussi cette parole sportive dans la presse. Ce sont eux qui vont rédiger des comptes-rendus qui sont d’ailleurs pas forcément tendres. « Il ne faut pas imaginer qu'il y ait une connivence, tempère François Prigent, notamment parce qu'il n'y a pas d'enjeu financier autour de ça. C'est un regard qui est assez acerbe sur la pratique des joueurs qui peut même être très dure. » La presse sert aussi d'outil de communication interne au club : en effet, elle publie les convocations pour les matchs, les informations sur les horaires ou les tarifs.
Coup d’arrêt brutal
La déclaration de la guerre à l'été 1914 marque une rupture brutale dans cet élan. La Première Guerre mondiale vient interrompre une décennie d'émergence du football. De nombreux sportifs partent au Front. Malgré des équipes clairsemées, le football reste pratiqué à l'Arrière. Durant le conflit, toute une série de compétitions civiles sont maintenues, notamment pour les plus jeunes, au sein des lycées. Après la Grande Guerre, une plaque commémorative dédiée « aux membres du Stade Rennais tombés au champ d’honneur » est apposée à un mur de la tribune du stade de la route de Lorient au début des années 1920. Elle comporte 30 noms de « soldats inconnus » du Stade Rennais. En 2025, des élèves du lycée Chateaubriand à Rennes et leur professeur, François Prigent, ont retracé l’histoire des « soldats inconnus » du Stade Rennais décédés pendant la guerre 14-18.
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L’Almanac’h est une série produite par Bretagne Culture Diversité.
Réalisation : Antoine Gouritin.
Responsable éditoriale : Anna Quéré.
Un grand merci à François Rauzy et Vincent Simonneaux, les voix du Stade rennais sur Ici Armorique et TV Rennes de s'être prêté au jeu des lectures d'archives de la presse locale du début du 20e siècle.
Musique originale : Jeff Alluin.
Pour aller plus loin :
- François Prigent et ses élèves du lycée Chateaubriand de Rennes, Les "soldats inconnus" du Stade rennais - 1914-1918, une histoire au ras des balles, 2023
- Michel Lagrée, La diffusion du football en Bretagne, Mémoires de la SHAB, 1994
- François Prigent, François Thébaud comme un ballon, Territoires contemporains, 2025
- François Prigent, « Passes, ports, en mouvements. Football et ports en Bretagne au xxe siècle », Football(s). Histoire, culture, économie, société, 4 | 2024, 103-118.
