Insurrection de domaniers en 1828 dans le Poher

Auteur : Annick Le Douget / février 2021

Fin juin 1828 éclate une insurrection de domaniers du Poher, menée par 800 à 1 000 hommes et femmes de Spézet et Saint-Hernin, qui se rendent coupables de rébellion armée et de séquestration.

Il faut faire ici une parenthèse sur le domaine congéable, mode de faire-valoir des terres spécifique à la Bretagne. Coexistent dans ce contrat du domaine congéable deux propriétaires, celui du foncier et celui de la tenue, appelé domanier ou colon, qui, outre la jouissance du fonds contre l’acquittement d’une rente convenancière, est propriétaire des « édifices et superfices » dont il dispose sans restriction (bâtiments construits sur le convenant, talus, fossés, produits de la terre, arbres fruitiers). Mais au début du XIXe siècle, les propriétaires, impatients depuis la Révolution de se soustraire à un contrat devenu pour eux inquiétant, congédient leurs colons dès qu’ils en ont les moyens pour mettre en place des baux à ferme à leurs yeux plus rentables.

Fin juin 1828, la mise en œuvre à Spézet et à Saint-Hernin de congéments par de grands propriétaires fonciers se heurte à l’hostilité des paysans, « forcés à souscrire à vil prix des actes de vente ». Les propriétaires fonciers et les experts qui se déplacent à Spézet se heurtent au départ à des groupes importants de femmes. Elles sont ensuite rejointes par les hommes qui empêchent les intrus de partir et les séquestrent pendant quatre heures. Une scène de même nature a lieu en même temps à Saint-Hernin où une foule, armée de bâtons, de fourches et de fusils, séquestre l’un des propriétaires. Les deux bandes se rejoignent avec des renforts venus de Cléden. Une promesse des propriétaires de vendre toutes leurs rentes aux paysans dans les communes de Cléden, Spézet, Motreff et Saint-Hernin est alors écrite sous la dictée des manifestants. L’acte est porté au maire de Spézet et reçoit sa signature. La foule envoie ensuite des « commissaires » à Carhaix (une députation composée d’un expert et de trois paysans) pour porter l’acte à l’enregistrement, pendant qu’on maintient prisonniers les autres experts et les propriétaires fonciers. Le brigadier de gendarmerie de Carhaix qui vient vers eux est à son tour appréhendé. Puis, à l’arrivée de la brigade de Saint-Hernin, toutes les armes se lèvent contre elle. Finalement, la foule est dispersée au retour de la députation qui annonce que l’acte est en règle désormais, ce qui est faux, bien sûr. Neuf accusés, parmi lesquels deux femmes, comparaissent devant la cour d’assises du Finistère le 18 janvier 1829. Quatre d’entre eux sont condamnés à deux ans d’emprisonnement et, faute de charges suffisantes, les cinq autres sont acquittés. Ces faits révèlent les étapes d’un mouvement de révolte paysanne peu structuré, sa part de hasard, ses atermoiements mais aussi ses risques, souvent mal évalués par les participants.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité