La Bretagne de Du Guesclin : un âge d’or ?

Auteur : Laurence Moal / septembre 2019
Lorsque vient le moment de parler des figures mythiques de l’histoire de Bretagne, le nom de Bertrand Du Guesclin arrive rapidement dans la conversation… et enflamme rapidement les débats. Loin de l’image du véritable héros national que lui forge notamment la IIIe République, le connétable de France s’avère être un personnage complexe et est loin de faire l’unanimité parmi ses contemporains.

Du Guesclin a acquis de son vivant une certaine renommée. Mais c’est seulement après sa mort en 1380 que se diffuse sa légende. Il prend place parmi les grandes figures nationales. On voit en lui le type même du héros consensuel.

Combat de Du Guesclin et Cantorbury à Dinan. Gravure du XIXe siècle. Musée de Bretagne: 016.0000.2170.Pourtant, Du Guesclin n’a pas été le seul serviteur de Charles V à acquérir une grande renommée. Il n’est pas le seul à être enterré à Saint-Denis auprès du roi. Sa vie privée est inconnue et de son vivant, il ne fait pas l’unanimité. Il a eu aussi une très mauvaise réputation notamment dans le Sud-Ouest ou dans le Languedoc. Du point de vue politique, les derniers mois de sa vie sont très ambigus. On le présente comme un fidèle serviteur du roi mais il a servi d’autres causes, notamment en Castille. Son souvenir en Bretagne, sa patrie d’origine, reste très controversé.

La « gloire de la France » : un héros façonné par la cour royale

Du Guesclin meurt à Châteauneuf-de-Randon. Son corps fait l’objet des plus grands soins puisqu’il a le droit à quatre inhumations et trois sépultures : entrailles au Puy, chairs à Montferrand, os à l’abbaye de Saint-Denis, cœur à Dinan. L’héroïsation du connétable franchit un nouveau pas lors de ses funérailles parisiennes de 1389, occasion saisie par le jeune roi Charles VI et par son entourage de Marmousets pour célébrer les mérites de la chevalerie afin de la mettre au service de l’État.

Gisant de Bertrand Du Guesclin. Gravure sans auteur connu. Musée de Bretagne: 2016.0000.2175.Les écrivains comme Eustache Deschamps lui font une place dans la galerie des preux, ces héros pourvu de toutes les qualités chevaleresques, en particulier de bravoure. Cuvelier lui consacre une Vie en 23 000 vers et Robert Blondel le compare à Hector. Sous leur plume, Du Guesclin prend une dimension mythique sans grand rapport avec la réalité historique du personnage. Textes et enluminures soulignent ses qualités militaires et transforment ses ruses peu glorieuses en véritables exploits.

Honneurs rendus au connétable Bertrand Du Guesclin. Estampe de Nicolas Brenet, XVIIIe siècle. Musée de Bretagne: 2016.0000.3037.Le connétable est érigé en modèle pour l’aristocratie, à une époque où l’idéal chevaleresque n’est plus que le souvenir d’un passé idéalisé. Il est aussi le libérateur du territoire, celui qui a bouté les Anglais hors du pays et amené la paix. Il est enfin le bras armé du roi, entièrement dévoué au service de l’État. On a là une magnifique entreprise de propagande orchestrée par la monarchie des Valois, qui fait oublier ses cruautés et ses défaites.

Grenouilleau Olivier, Nos petites patries. Identités régionales et État central, en France, des origines à nos jours, Paris, Gallimard, 2019.

Guyvarc’h Didier, « Liturgie nationale et conflit des mémoires », Place publique, n° 43, 2013, p. 67-71.

Thierry Lassabatère, Du Guesclin. Vie et fabrique d’un héros médiéval, Paris, Perrin, 2015.

Moal Laurence, Du Guesclin. Images et histoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2015.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité