La lande : un écosystème original

Auteur : Bernard Clément / décembre 2016
Les landes bretonnes à bruyères et ajoncs déterminent un écosystème où l’infertilité des sols est le support d’une biodiversité originale et remarquable.

De nombreuses adaptations biologiques et écologiques caractérisent les traits de vie des plantes et des animaux, et soulignent la grande diversité des habitats de landes intégrées dans le réseau Natura 2000.

L’infertilité du sol : support de la richesse biologique


Associés à des roches pauvres, les sols de lande sont peu fertiles ou oligotrophes. Les traits communs à tous ces sols sont une accumulation de matière organique peu active, appelée « terre de bruyère ». Peu abondant dans le sol, le phosphore et son indisponibilité est alors le principal déterminant de l’oligotrophie. Le deuxième nutriment, l’azote, est également peu abondant. Le pH très acide (pH < 4,5) conduit à une libération de l’aluminium, élément toxique pour la plupart des plantes non adaptées à ces conditions de vie très contraignantes.

Quelles réponses adaptatives des plantes des landes ?


Les ajoncs hébergent des bactéries symbiotiques regroupées en amas ou nodosités du système racinaire. Le métabolisme de ces bactéries du genre Rhizobium permet la capture de l’azote contenu dans l’air et sa transformation en nitrate, forme assimilée par la plante hôte.
Les bruyères s’associent à des champignons dont l’appareil végétatif pénètre les racines de la plante hôte ; l’association symbiotique, dénommée mycorhize, assure une meilleure efficacité dans la capture des éléments phosphorés peu disponibles.
Le nanisme de ces plantes, la petite taille des feuilles pérennes chez les bruyères, ou leur substitut, les aiguilles chez les ajoncs, caractérisent le faible taux de croissance en adéquation avec l’infertilité du sol. Les épines ou la présence de tanins constituent de bons répulsifs vis-à-vis des consommateurs ; ils assurent ainsi une économie efficiente des ressources peu abondantes.

Les types de landes et l’eau du sol


Si toutes les landes à bruyères et ajoncs se développent sur des sols infertiles, la profondeur du sol et la dynamique de l’eau permettent la différenciation de quatre grands types de landes.

Photo 1 : Lande sèche à bruyère cendrée et ajonc d’Europe – site mégalithique de Cojoux (35). Photo 2 : Lande sèche à bruyère cendrée, ajonc de Le Gall et agrostide de Curtis – site des Monts d’Arrée (29). Crédit : Bernard Clément.
Dans les secteurs d’affleurements rocheux, ou sur des pentes fortes, le sol est caillouteux et peu épais ; la faible rétention en eau qui en résulte détermine des landes sèches où la bruyère cendrée (Erica cinerea) ou, plus localement, le ciste en ombelles (Halimium umbellatum) sont les espèces caractéristiques adaptées au déficit hydrique.
À l’opposé, dans les bas de pente, parfois en plateau sommital peu perméable, l’excès d’eau crée des conditions d’hydromorphie et d’anoxie où la lande à bruyère à quatre angles (Erica tetralix) se développe.

Photo 1 : Lande humide à bruyère à quatre angles et trichophore germanique – sommet du Roc’h Cléguer – Monts d’Arrée (29). Photo 2 : Lande tourbeuse à bruyère à quatre angles, narthécie et sphaignes – Trédudon-Le Moine – Monts d’Arrée (29). Crédit : Bernard Clément.
Si le temps de saturation du sol en surface augmente, la lande tourbeuse à bruyères et sphaignes y croît. Les landes à bruyère ciliée (Erica ciliaris) et, localement, à bruyère vagabonde (Erica vagans) occupent les sols bien pourvus en eau mais sans excès.
La callune (Calluna vulgaris), les ajoncs (Ulex spp.), la molinie (Molinia caerulea) sont les espèces compagnes de la plupart de ces types de landes.

Lande peu humide à bruyère ciliée et ajonc de Le Gall – site du cap Fréhel (22). Crédit : Bernard Clément.

Les landes littorales et l’exposition aux adversités atmosphériques


Les landes littorales sont établies principalement sur le versant des falaises gréseuses et les promontoires exposés aux vents forts chargés d’embruns.
Les plantes doivent mettre en œuvre l’adaptation des individus ou des espèces à ces rudes conditions de vie. L’accommodat, par exemple la forme en drapeau des prunelliers, est une réponse à la brûlure répétée des rameaux les plus exposés ; ce caractère n’est pas héritable, à l’inverse des formes en boule ou en coussinets des ajoncs du littoral, qualifié d’écotypes.
Les populations des ajoncs très exposées aux embruns ont acquis, par mutations génétiques, des formes héritables et mieux adaptées à ces adversités. Cette sélection génère un mécanisme de spéciation chez l’ajonc d’Europe (Ulex europaeus ssp. maritimus) et chez l’ajonc de Le Gall (Ulex gallii var. humilis).
Vingt-six types élémentaires de landes armoricaines, dont vingt-deux bretonnes, résultent de la combinaison de ces différents facteurs d’adaptation aux contraintes environnementales. Elles sont présentées dans un ouvrage du Conservatoire botanique national de Brest (Cahiers scientifiques et techniques, n° 2, 2015).
Notons que toutes ces landes font partie des habitats d’intérêt communautaire de l’Union européenne et sont ou peuvent être intégrées dans le réseau Natura 2000.

Biodiversité remarquable

Photo 1 : Lycopode inondé. Photo 2 : Orchis tacheté. Crédit : Emmanuel Holder.
Aux côtés des bruyères et des ajoncs, de nombreuses autres plantes remarquables et rares, souvent menacées, sont adaptées à ces habitats, leur refuge en somme ; citons le grémil prostré en presqu’île de Crozon, l’ail des landes en presqu’île guérandaise, les lycopodes en massue, inondé, et sélagine dans les monts d’Arrée, la forme prostrée du genêt des teinturiers à Belle-Île-en-Mer, ou encore la sphaigne de la Pylaie qui s’exprime au sein des landes tourbeuses de Basse-Bretagne exclusivement.
Associée à ces espaces et habitats ouverts, une faune spécifique utilise en priorité les landes bretonnes. Chez les oiseaux, le busard cendré, le busard Saint-Martin et le faucon hobereau sont les trois rapaces qui fréquentent les landes ; le courlis cendré, très localisé, et l’engoulevent y trouvent refuge pour une partie de leur cycle vital ; certains passereaux remarquables ne sont pas en reste : la fauvette pitchou, le tarier pâtre, la linotte mélodieuse ou le bruant jaune.

Photo 1 : Engoulevent d'Europe. Photo 2 : Tarier pâtre. Photo 3 : Linotte mélodieuse mâle. Crédit : Emmanuel Holder.
Vipère péliade, couleuvre à collier et, surtout, coronelle lisse et lézard vivipare sont les hôtes des landes. Les invertébrés inféodés aux landes sont légion, même si leur inventaire est encore à compléter : cicindèle champêtre, criquet à pattes orange, adiante fougère, argiope frelon et autres libellules, dont le sympètre noir, s’y déploient. Enfin, les papillons de nuit sont particulièrement abondants dans les landes.
Pour en savoir plus, l’ouvrage Landes vivantes (E. Holder, 2015) présente ces espèces remarquables, assorties d’anecdotes souvent truculentes.

Sympètre noir. Crédit : Emmanuel Holder.

Bibliographie

  • Glémarec Erwan et al., « Les landes du Massif Armoricain. Approche phytosociologique et conservatoire », Les cahiers scientifiques et techniques du CBN Brest, n° 2, 2015, 278 p.
  • Holder Emmanuel, Landes vivantes. À la découverte d’un milieu naturel breton, Coop Breizh, 2015, 207 p.

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Proposé par : Bretagne Culture Diversité