La percée d’Avranches

31 juillet 1944
Auteur : Christian Bougeard / novembre 2016
Après des semaines de durs combats dans le bocage normand, l’opération Cobra aboutit à la percée d’Avranches, qui permet aux armées américaines de libérer la Bretagne en quelques jours avec l’appui de la Résistance bretonne, qui compte environ 35 000 FFI au début août 1944.

De la percée d’Avranches à la libération des principales villes (2 août-12 août 1944)

Aboutissement de l’opération Cobra, la 4e division blindée (DB) du général Wood est entrée dans Avranches dévastée le 30 juillet au soir. Le lendemain, par le pont intact de Pontaubault, les Américains entrent en Bretagne. Le 1er août, Patton, qui vient de prendre le commandement de la IIIe armée américaine, ordonne de foncer sur la Bretagne et la vallée de la Loire : 120 000 hommes et 10 000 véhicules s’engouffrent dans la brèche en trois jours. Deux divisions blindées (DB), deux divisions d’infanterie et la Task Force A du général Earnest entreprennent de libérer la Bretagne. Fougères et Dol sont libérées les 2 et 3 août. Accrochée aux portes de Rennes dès le 1er août, la 4e DB attend des renforts avant d’y entrer le 4 août. Par le nord, Earnest fonce vers Brest : il contourne Dinan, entre dans Saint-Brieuc le 6, est à Guingamp le 7 et à Morlaix le 8.

Partie d’Antrain, la 6e DB de Grow se dirige vers le sud-ouest et progresse sur deux voies parallèles dans le Centre-Bretagne, libérant Merdrignac le 3, Rostrenen et Pontivy le 4 avant de remonter vers Le Huelgoat le 5. Les GI’s sont aux portes de Brest le 7. En plusieurs points, de violents combats se déroulent avec des troupes allemandes cherchant à leur barrer la route ou tentant de se replier vers Lorient ou le port du Ponant (à Plabennec et à Plouvien). Contournant Rennes par l’ouest, des colonnes américaines ont atteint Bain-de-Bretagne le 3 et Châteaubriant le 4. Elles sont à Vannes le 5 août. Nantes est libérée le 12, mais, repliés au sud de la Loire, les Allemands tiennent jusqu’au 28.

Avec la percée d’Avranches, les Allemands ont évacué les villes les 3 et 4 août et se sont repliés dans les forteresses (Festung) édifiées depuis plus de deux ans avec le Mur de l’Atlantique. Les généraux Fahrmbacher et Jung s’installent dans les poches de l’Atlantique, à Lorient et à Saint-Nazaire, qu’ils vont tenir jusqu’aux 9-11 mai 1945. Partout, une population en liesse a accueilli ses libérateurs mais de nombreux drames et deuils ont assombri la joie de la Libération. Exactions, crimes de guerre, exécutions massives de résistants et d’otages civils ont atteint leur paroxysme dans les dernières journées de l’Occupation.

carte de la percée d'avranche

Contribution de la Résistance à la Libération et réduction des poches littorales

À partir du 6 juin 1944, c’est la montée au maquis des FFI bretons, constitués des FTP et de l’Armée secrète, mais les maquisards manquent d’armes. Les plans de sabotages prévus sont appliqués malgré l’attaque et la destruction par les Allemands en juin des deux bases des parachutistes SAS (Duault, Saint-Marcel) et de plusieurs maquis en juin et en juillet (Saffré…). Des miliciens et agents français et des miliciens bretons du Bezen Perrot y participent. Le 3 août, de Londres, le général Koenig donne l’ordre de l’insurrection généralisée en Bretagne. Dans leur avancée fulgurante, les Américains bénéficient de l’aide des FFI qui les guident et servent même d’infanterie pour nettoyer le terrain (sécurisation, garde de prisonniers allemands). Les Américains interviennent pour détruire les noyaux de résistance. Mais les FFI libèrent eux-mêmes plusieurs zones et villes (Lannion, Quimper).

Des sièges et de gros moyens sont nécessaires pour réduire toute une série de mini-poches. C’est le cas de Saint-Malo, qui se rend le 17 août, mais Cézembre tient jusqu’au 2 septembre. Le cap Fréhel tombe le 12 août et la région de Paimpol est libérée le 17. Concarneau résiste jusqu’au 24, sa garnison se repliant par mer sur Lorient. Avant de céder, l’occupant a saboté les ports. Du 7 août au 18 septembre, Middelton et sa 6e DB assiègent Brest où les parachutistes du général Ramcke tiennent 43 jours sous un déluge de feu qui détruit la ville. Ramcke se rend le 19 en presqu’île de Crozon. Du 17 au 20 septembre, Américains et FFI nettoient les pointes finistériennes, prenant le dernier bastion de Lézongar à Audierne.

Une transition des pouvoirs réussie

L’enjeu majeur de la libération de la Bretagne, comme de la France, est le rétablissement de la légalité républicaine et de la souveraineté nationale. En liaison avec Alger, les mouvements de résistance ont préparé depuis plusieurs mois la transition des pouvoirs en nommant dans la clandestinité les hommes chargés de prendre la relève des autorités de Vichy. Du 3 au 5 août, à Rennes, à Saint-Brieuc, à Vannes et à Quimper, des résistants en armes prennent possession des lieux de pouvoirs (préfecture, mairie), avant même le départ de toutes les troupes allemandes, et y installent le commissaire de la République Victor Le Gorgeu à Rennes le 4, et les préfets et les maires de la Libération. Le nouveau pouvoir français est en place quand les troupes américaines entrent dans ces villes. De leur côté, les comités départementaux de libération (CDL) clandestins, issus et représentatifs des forces résistantes, assurent le maintien de l’ordre. Ils appuient les nouvelles autorités, limitant rapidement les troubles et les dérapages liés à l’Épuration. Dans la plupart des communes, des comités locaux de la libération (CLL) font de même. En Bretagne, la transition des pouvoirs est un succès. Les FFI, enrôlés dans la nouvelle armée, sont envoyés tenir les deux poches de l’Atlantique. La percée d’Avranches a permis une libération rapide de la région même si la guerre se poursuit sur son sol jusqu’à la capitulation du Reich dans la nuit du 8 au 9 mai 1945.

Bibliographie

  • Bougeard Christian, La Bretagne de l’Occupation à la Libération 1940-1945, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2014.