La vigne en Bretagne

Auteur : Guy Saindrenan / décembre 2016
La vigne a été cultivée de manière pérenne et visible dans les presqu’îles de Rhuys et de Guérande, autour de Redon, de la Rance maritime et en d’autres lieux de manière plus ponctuelle et fugace. Pourtant, c’est le cidre qui est associé à l’image de la Bretagne. Le vin l’est dans une moindre mesure, surtout comme toile de fond de l’alcoolisme breton, et l’idée que la vigne ait pu être cultivée en Bretagne paraît incongrue, sauf dans le pays nantais où elle est toujours présente.

En pays de Rance

En pays de Rance , le vignoble le plus septentrional, la culture de la vigne n’est plus mentionnée au-delà du XVIIIesiècle. Réelle sans doute depuis le haut Moyen Âge, sa présence est attestée formellement par les archives à partir du XIe siècle autour de Dinan, sur les deux rives de la Rance jusqu’à la mer et dans tout le Clos Poulet. Les raisons de sa disparition ne sont pas clairement établies, mais il paraît probable que les importations de vins parisiens, poitevins et bordelais, meilleurs que les vins locaux, en soient la cause.

Autour du golfe du Morbihan

En presqu’île de Rhuys, l’arrivée de la vigne n’est pas non plus datable précisément ; saint Gildas y est-il pour quelque chose ? Peut-être ! La vigne est attestée au début du XVIe siècle et sa culture perdurera jusqu’en 1993, date de la dernière déclaration de récolte officielle dans la presqu’île. La période faste du vignoble se situe à la fin du XIXe siècle quand il se convertit à la fabrication d’eaux-de-vie qui connurent un réel succès d’estime avec notamment la « fine de Rhuys ». Cette mutation s’effectua à la faveur de l’éradication du vignoble de Cognac par le phylloxéra, jusqu’à ce que le parasite atteigne à son tour le vignoble rhuysien (1903). Sa reconstitution après la Première Guerre mondiale sera insignifiante et constituée de plants hybrides qui furent plus tard condamnés à l’arrachage.

Mignonette fine de Rhuys. Musée des arts, métiers et commerces. Largueven, Saint-Gildas-de-Rhuys - Philippe Lanoë
Vigne de la presqu’île de Quiberon. À l’époque de son extension maximum (vers 1900) le vignoble de Rhuys débordait largement sa presqu’île d'origine, jusqu' à Carnac et la presqu’île de Quiberon à l'ouest -  fonds Guy Saindrenan

Basse-vallée de la Vilaine

À Redon, la vigne a fait partie du paysage jusque vers 1950, mais déjà au début du XIXe siècle le vignoble ne comptait guère plus de 300 hectares. Redon port de mer et avant-port de Rennes, cette situation a sûrement joué contre sa viticulture en permettant l’arrivée de vins exogènes (bordelais notamment) de meilleure qualité que les vins locaux. Il est réaliste de penser que les moines de l’abbaye de Saint-Sauveur (832) furent les premiers vignerons locaux, même si le cartulaire de l’abbaye mentionne surtout des propriétés viticoles éloignées, dans la presqu’île guérandaise ou le pays de Retz.

Pays guérandais

Plus au sud, dans la presqu’île de Guérande, la vigne est cultivée depuis le Moyen Âge. Le vin produit, autant que le vin importé de Bordeaux par la marine guérandaise, nourrit un commerce fructueux avec, notamment, l’Angleterre. Le vignoble local s’étire sur le flanc du coteau qui domine la baie du Traict et qui s’étire de Piriac à La Baule. L’exposition sud-ouest de ce coteau conjuguée à l’inclinaison du terrain constituent des facteurs favorables à la culture de la vigne dans une région proche de sa limite nord, où la maturité optimale du raisin ne s’obtient qu’au prix de quelques privilèges climatiques. Certains clos acquièrent une réelle réputation locale (Congor, Clos de Rignac). La mention la plus ancienne de la viticulture date de 831 : il s’agit d’une pièce de terre appartenant à l’abbaye Saint-Sauveur de Redon située à Piriac. À la fin du Moyen Âge, la production locale de vin est estimée à près de 20 000 hectolitres. Le pineau d’Aunis, cépage d’origine angevine, y a été introduit par les bénédictins de l’abbaye de Saint-Florent-le-Vieil au prieuré d’Escoublac. L’encépagement de ce vignoble apparaît diversifié et original, contrairement aux autres vignobles bretons. Un effet de l’ouverture sur la mer ? Peut-être. Comme ses voisins de Rhuys et Redon, le vignoble guérandais disparaîtra vers la fin du XXe siècle, après avoir été détruit par le phylloxéra vers 1890 et reconstitué en hybrides producteurs directs dont la culture et l’utilisation seront progressivement interdites.

Pays nantais

Le vignoble nantais se distingue des précédents par sa taille (environ 17 000 ha), qui explique aussi sa survivance. Aujourd’hui producteur de vins fins (AOC) pour plus de la moitié de sa production, il émerge d’une longue période difficile au plan économique. Depuis la fin du XVIe siècle jusqu’à la Révolution, il fut un vignoble producteur d’eau-de-vie constitué majoritairement de gros-plant. Jusqu’à l’apparition du phylloxéra (1884), ce même vignoble produira des petits vins consommés sur place ainsi que le long de la côte sud de la Bretagne et la côte nord de Vendée. L’essor du muscadet et des vins de qualité date de la décennie 1920, qualité qui sera confirmée par le passage en AOC des muscadets dès 1936. En 2011, sont parus les décrets concernant les premières appellations communales : Clisson, Gorges, Le Pallet ; une demi-douzaine d’autres devraient suivre, consacrant ce 3ème niveau de qualité auquel les consommateurs devraient plus s’intéresser.

Toutes les régions évoquées portent aujourd’hui des traces de la vigne dans les toponymes des lieux-dits ou des parcelles cadastrales, même lorsque la vigne a déserté les lieux.
Certaines vignes sont exploitées avec de réelles ambitions d’une production de qualité et les exploitants produisent des vins bien mieux qu’honorables et qui ont surpris des dégustateurs patentés !

Verra-t-on planter de nouvelles vignes en Bretagne ? C’est bien possible et c’est en partie une réalité, au travers de quelques douzaines de vignes patrimoniales constituées au cours des vingt dernières années. Ces vignes sans objectif mercantile constituent un ciment social dans les quartiers et villages où elles sont implantées, dans la mesure où leur exploitation donne lieu à des travaux collectifs et des réunions festives, tout particulièrement lors des vendanges.

Documentaire

 

Bibliographie

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  • Delanoë Dominique et Pujol Robert, Voyage dans les grands muscadets à travers terroirs et saveurs, Brissac, Édition du Petit pavé, 2004.
  • Mainet-Delair Nicole, Vins et négociants d’Aquitaine vers la Bretagne finistérienne de 1660 à 1795, Nantes, Coiffard, 2007.
  • Schirmer Raphaël, Muscadet. Histoire et géographie du vignoble nantais, Presses universitaires de Bordeaux, 2010.
  • Saindrenan Guy, La vigne et le vin en Bretagne, Spézet, Coop Breizh, 2011.
  • Bourrigaud René, Rien que notre dû ! Le combat des vignerons au pays du muscadet (1891-1914), Nantes, Les éditions du Centre d’histoire du travail, 2013.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité