Le phare de Kéréon

Auteur : Jean-Christophe Fichou / janvier 2019

Le chantier de la Jument commence à peine que la Commission des phares autorise, le 17 juin 1907, l’établissement d’une tourelle en béton sur l’écueil de Men-Tensel, au sud-est de l’île d’Ouessant.  Cependant, des circonstances extérieures entraînent de profondes modifications du projet initial car le 2 janvier 1910 madame Jules Le Baudry propose de concourir aux travaux pour une somme totale de 580 000 francs-or... Le phare doit porter en échange le nom de Kéréon en souvenir d’un de ses ancêtres.

La donation est acceptée et porte le total des dépenses autorisées à 750 000 francs. Le chantier se poursuit mais il n’est plus question d’une simple tourelle car les fonds permettent dorénavant d’envisager une tour habitée sur les fondations déjà construites et l’emploi de pierres de taille pour la construction du fût. L’importance de l’établissement et la nécessité d’abriter le personnel et le matériel obligent à augmenter notablement les marges de sécurité, qui restent encore aujourd’hui les plus hautes jamais atteintes pour un phare en mer, et ce dans le monde entier. La Grande Guerre ralentit les travaux et le conducteur se plaint en 1915 du manque de maçons. Il faut trouver des hommes disponibles, il faut aussi trouver des matériaux de plus en plus rares, notamment le ciment. Finalement, le montant total des dépenses s’élève à 975 000 francs, ce qui fait de Kéréon le phare français le plus cher de l’époque, mais aussi le plus imposant bien que sa silhouette n’apparaisse pas comme telle sur l’eau.

Le feu est allumé le 25 octobre 1916. Ce véritable « phare-monument », le dernier construit en France, est particulièrement réussi et ce dans tous les domaines, tant techniques qu’architecturaux. L’intérieur, véritablement somptueux, ne fut jamais égalé : lambris de chêne de Hongrie, parquets de chêne décorés de marqueterie d’ébène et d’acajou, mosaïques des parois de l’escalier, lits-clos ouvragés... Il est automatisé le 29 janvier 2004 et classé Monument historique le 14 mars 2016.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité