Les landes en Bretagne, passé, présent et avenir

Auteur : Bernard Clément / avril 2017
Les landes, élément de l’identité paysagère de la Bretagne, sont l’image, aujourd’hui, d’un espace naturel. Cependant, la plupart d’entre elles sont le résultat de défrichements forestiers dès le Néolithique et le Moyen Âge. Largement répandues jusqu’au milieu du XIXe siècle, elles ont beaucoup régressé au XXe siècle. Aujourd’hui, elles sont gérées et préservées au sein du réseau Natura 2000 et de différents dispositifs de protection renforcée.

Origine des landes

Paysages emblématiques de la péninsule bretonne, les landes résultent d’une longue histoire des civilisations rurales. Elles sont le lieu de rencontre des patrimoines naturels, culturels et immatériels. « La Lande, un paysage au gré des hommes » est le titre bien choisi d’un ouvrage (Jarnoux, 2008) qui présente et décrit tous ces déterminismes. Cependant, les landes revêtent deux contenus, pour deux sens différents :

L’un, restreint, est un écosystème original dont les landes à bruyères et ajoncs sont l’expression naturelle.

Un exemple de lande au sens restreint : la lande fraiche à bruyère ciliée et ajonc de Le Gall - photo : Bernard Clément

L’autre, plus étendu, regroupe ces landes à bruyères mais également toutes les communautés végétales qui sont assimilées aux landes via leurs fonctions et leurs usages ; ce sont, par exemple, les formations à fougère aigle, les fourrés à genêt à balai, les marais et prairies à molinie, les landiers à ajonc d’Europe, voire les fourrés à prunellier. L’usage commun et leur utilisation comme ressource d’appoint dans le système agro-pastoral armoricain et au-delà en constituent le trait commun. On y prélève régulièrement la ressource utile, en général la biomasse, sans jamais y réintroduire de nutriments ; ces usages récurrents ont largement contribué à appauvrir ces terres déjà peu productives à l’origine. Ce sont les « terres froides » par opposition aux « terres chaudes », cultivées, amendées et fertilisées. Notons que les lieux dits « lande » ou « lann », très fréquents en Bretagne, témoignent de l’étendue de ces landes prises au sens large. L’ouvrage de François de Beaulieu (2014), illustré par Lucien Pouëdras, en perpétue la mémoire.

Prairie à molinie ou guinche généralement intégrée aux landes en raison de son usage - photo : Bernard Clément

Déterminismes géologiques et géomorphologiques

Les landes, au sens large, sont plutôt associées aux substrats géologiques tels que certains granites (Landes de Lanvaux, massif de Quintin, etc.), les schistes durs (massif de Paimpont, coteaux du Don). Les landes à bruyères peuvent y être représentées mais leur statut de conservation est mieux assuré sur les grès roses (Fréhel, Erquy) ou blancs (presqu’île de Crozon), et les quartzites (monts d’Arrée et montagnes Noires).

Les crêtes rocheuses de ces différents types géologiques sont les espaces le plus souvent occupés par ces landes à bruyères, au côté de pelouses naturelles sur les zones où les sols sont les plus squelettiques. La plupart des îles du Ponant, les grands caps et les falaises littorales bretonnes sont les lieux emblématiques d’observation privilégiée des landes (1,3 million de visiteurs par an au cap Fréhel !).

Quelques substrats géologiques plus spécifiques, tels les gabbros (landes de La Poterie, 22), les roches riches en magnésium (Belle-Ile-en-Mer et Groix) ou les serpentines en Loire-Atlantique, contribuent à la présence de landes originales et plus localisées.

Les landes : passé, présent

À part celles établies sur le flanc des falaises (comme au cap de la Chèvre par exemple, à Belle-Ile-en-Mer ou encore à Groix), les landes sont le résultat de défrichements forestiers à partir du Néolithique, avec une accentuation au Moyen Âge et une extension maximale au milieu du XIXe siècle. Si elles étaient présentes dans les clairières au sein des massifs forestiers et gérées par les grands herbivores sauvages avant la présence de l’Homme, c’est bien sûr le défrichement et le pastoralisme qui ont produit ces landes sensu lato. Il n’y a pas de document formel mais les estimations rendent compte d’environ un million d’hectares au milieu du XIXe siècle en Bretagne. Le partage des « terres vaines et vagues » à la Révolution, réaffirmé en 1850, la volonté de restaurer la forêt (Napoléon III dans les landes d’Aquitaine, mais aussi en Morbihan), puis les techniques d’amendement et de fertilisation ont réduit la part des landes en Bretagne puisque, aujourd’hui, l’estimation est de 20 000 ha de landes à bruyères et ajoncs. Le seul Parc naturel régional d’Armorique contient 8 580 ha de landes à bruyères, soit 40 à 45 % de la surface estimée. Ce phénomène de régression est également observé dans toutes les landes atlantiques de l’Europe de l’Ouest.

Quel avenir ? Les statuts de protection et de gestion

Toutes les landes à bruyères de Bretagne sont des habitats d’intérêt communautaire au sens de la Directive « habitat, faune, flore » (1992) de l’Union européenne, en raison de leur vulnérabilité. Elles ont donc toutes vocation à intégrer le réseau Natura 2000. D’autres statuts de protection renforcée existent, ainsi 8 des 16 Réserves naturelles nationales et régionales de la Bretagne administrative sont pour une large part des habitats de landes remarquables. La politique des Espaces naturels sensibles des conseils départementaux complète les dispositifs précédents.

Panorama de 4 types de landes littorales à bruyères intégrées dans le réseau Nature 2000 - Photo : Bernard Clément

Le Conservatoire du littoral est également un acteur public qui intervient en acquisition foncière des espaces littoraux pourvus de landes.

Des associations de protection de la nature, comme Bretagne Vivante et le Forum Centre-Bretagne environnement, assurent également la gestion des landes au sein de réserves libres en lien avec des municipalités, des propriétaires privés.

Quel que soit l’acteur de la préservation, la conservation des habitats et des espèces de landes est assurée via la mise en place de plans de gestion qui ont pour objet de préserver leur bon état de conservation ou d’y mener des opérations de restauration écologique aptes à assurer le renforcement des espèces et des habitats remarquables.

Lande à bruyère cendrée et communauté à fougère aigle, pâturées par les moutons au sein des mégalithes de Carnac (56) - photo : Bernard Clément

Bibliographie 

  • Beaulieu François (de) et Pouëdras Lucien, La mémoire des landes de Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2014, 175 p.
  • Jarnoux Philippe (dir.), La lande, un paysage au gré des hommes, Brest, CRBC / Parc naturel régional d’Armorique, Le Faou ; Centre de Recherche Bretonne et Celtique. UBO. Brest, 2008, 292 p.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité