Orthographes

Auteur : Nelly Blanchard / mars 2018

Lorsque l’écriture du breton s’est élargie à des productions non littéraires vers le XVIIe siècle, elle s’est émancipée des modèles orthographiques latin et français considérés comme prestigieux. Le breton n’ayant jamais été la langue d’un État, ce sont des propositions de réformes émanant de personnes ou réseaux d’influence qui ont été formulées, plus ou moins adoptées ou abandonnées, et pouvant coexister. Les pôles vers lesquels tendent les réformes successives sont une prise en compte de l’oral, une distanciation par rapport à l’orthographe française, l’unification linguistique à l’image d’une entité nationale, voire d’un potentiel État. Chaque réforme conserve certaines caractéristiques des précédentes et en développe de nouvelles. La plus ancienne des strates n’est plus visible qu’au travers de l’emploi de la finale –ff de l’orthographe médiévale dans certains noms de famille (Le Goff par ex.) ou noms de lieux (Dourduff par ex.) ; l’apport de Maunoir (1659) dans la notation des mutations consonantiques et l’emploi du c’h ; celui de Le Gonidec (1807) par les k et w ; celui du KLT (1908) par le tilde pour la nasalisation, les y- et lh , etc.

Depuis un demi-siècle, trois orthographes coexistent : peurunvan (1941), skolveurieg (1953), etrerannyezhel (1973). Si l’etrerannyezhel a été l’orthographe de l’UDB dans les années 1970, de la méthode Assimil et du dictionnaire de Favereau, elle n’est aujourd’hui utilisée que marginalement. Si un grand nombre de textes ont été édités en skolveurieg par la maison d’édition Emgleo Breiz, sa fermeture en 2015 sonne la fin de l’utilisation publique de cette orthographe. C’est donc aujourd’hui le peurunvan le plus employé, car l’ensemble de la communauté enseignante du primaire et du secondaire l’utilise, s’appuyant sur l’édition de livres scolaires en cette orthographe, un nombre conséquent de textes littéraires sont édités sous cette forme et enfin parce que les pouvoirs publics relayés par l’Office de la langue bretonne en font la promotion et l’utilisent pour la signalétique bilingue et autres travaux de traductions.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité