Prise de Vannes et du pays Vannetais par les Bretons en 578

Auteur : Noël-Yves Tonnerre / novembre 2016
L’histoire du Vannetais au VIe siècle est dominée par le prince breton Waroc, qui réussit à s’emparer de Vannes et à battre les Francs. Grâce à ses succès, il parvient à unifier sous son autorité l’ancienne cité des Vénètes qui devient le Broérec.

Une source essentielle l’Histoire des Francs de Grégoire de Tours

Grégoire de Tours, aristocrate gallo-romain d’origine auvergnate, fut évêque de Tours de 573 à 593 ou 594. Fidèle au pouvoir de Clovis, il entreprit une histoire du peuple franc. Si son récit du règne de Clovis contient de nombreux miracles, ses chapitres sur la seconde moitié du VIe siècle présentent en revanche beaucoup d’intérêt parce qu’il a été un témoin direct des événements. En effet, la province ecclésiastique de Tours dont il était le métropolitain englobait tout l’ouest de la France, il a donc été directement concerné par l’immigration bretonne.

Luttes sanglantes pour le pouvoir

Les pendeloques anthropomorphes de Vannes, datées VIe-VIIe siècle. La découverte de ces pendeloques pourrait attester de la présence de Bretons, nouvellement arrivés à Vannes et dans d'autres lieux de l'Armorique. Collection Musée de Vannes. © Cliché Christophe Le Pennec, Ville de Vannes.

Vers 550, un chef breton du nom de Canao est maître d’une grande partie du Vannetais. On sait par Grégoire de Tours qu’il a tué trois de ses frères et qu’il a épargné un quatrième, Macliau, sous la pression de l’évêque de Nantes Félix. Macliau jure fidélité à Canao mais il ne tarde pas à s’enfuir en Domnonée (nord de la Bretagne) où le chef de la région Cunomorus (Conomor) le cache dans un caveau funéraire pour qu’il échappe aux hommes de Canao. Convaincu de sa mort, Canao s’empare de ses biens et oublie son frère. Celui-ci part alors pour Vannes où il reçoit le sacerdoce et ne tarde pas à devenir évêque.

Ce récit rocambolesque contient des éléments importants. D’abord il y a désormais de puissants chefs régionaux en Bretagne qui ont dû succéder (après des luttes sanglantes) à des chefs locaux ; ensuite Vannes est restée gallo-romaine comme le Vannetais oriental. La ville échappe au pouvoir de Canao. Enfin les relations entre Bretons et Gallo-romains sont bonnes au point de voir un évêque intervenir auprès d’un chef breton. Il n’y a pas d’opposition à la promotion d’un Breton à l’épiscopat. À cette date les Bretons entretiennent des relations pacifiques avec les Francs, en particulier avec Childebert, fils de Clovis, partisan de bonnes relations avec les immigrés insulaires qui sont aussi chrétiens. Childebert est incontestablement le plus puissant des fils de Clovis, il a fait alliance avec Chramm, le fils de son frère Clotaire, maître de l’Auvergne et qui s’est révolté contre son père.

Intrusion des affaires franques en Bretagne

La mort de Childebert en 558, sans héritier direct, bouleverse cette situation de coexistence pacifique. Son frère Clotaire, dernier fils de Clovis, s’empare de son royaume et décide de punir son fils rebelle. Chramm s’enfuit dans le Vannetais pour obtenir le soutien de Canao. Mais l’affaire tourne mal. Canao a commis la faute, à la demande de Chramm, de renoncer à une attaque de nuit (c’est pourtant une spécialité des Bretons). Le combat, de jour, va être catastrophique pour Canao. Il doit se soumettre au pouvoir de Clotaire. Chramm est fait prisonnier après avoir tenté de s’enfuir en bateau. Il meurt étranglé. Le récit est tragique et montre bien le poids de la légitimité dans le pouvoir franc.

Le cadavre de Chramm étranglé et son épouse attachée à un poteau. Elle a été condamnée ainsi que ses deux filles (dans l’ombre) à périr par le feu mis à la masure dans laquelle elles sont enfermées. LUMINAIS Evariste Vital (1822-1896), La mort de Chramm, 1879, H/T, 2x1,5m, Brest , MBA, n°200-6-1

La conséquence de cet épisode est importante. À court terme Canao, discrédité, perd le pouvoir. Macliau abandonne son évêché et renverse son frère. Il sera excommunié par les évêques voisins mais il parvient à consolider sa position en faisant alliance avec le comte de Cornouaille Budic. Macliau est finalement victime d’une trop grande ambition. Après s’être emparé de la Cornouaille à la mort de Budic, il est tué quelques années plus tard par le fils de Budic revenu d’exil. Après 570, Waroc lui succède à la tête du Vannetais.

L’expansion sous Waroc

Une longue lutte s’engage entre Bretons et Francs. Waroc va en effet porter des coups sévères aux armées des rois francs Chilpéric et Gontran. Cette agressivité des Bretons est une réponse à la volonté de domination des Francs mais elle est sans doute surtout la conséquence d’une arrivée importante de Bretons en Armorique après les défaites subies par ces mêmes Bretons en Grande-Bretagne. L’ambition du chef breton est également évidente. Peu avant 578, les Bretons s’emparent de Vannes et s’installent dans le Vannetais oriental. En réponse, Chilpéric rassemble en 578 une armée composée de Francs et de Gallo-Romains. Grâce à une habile attaque de nuit il massacre une partie de l’armée franque (les combattants saxons), mais ensuite il accepte de reprendre les négociations et rend Vannes. À peine l’armée franque partie, Waroc revient sur ses engagements et envoie l’évêque Eunius relancer la négociation, ce qui met en colère Chilpéric, qui exile Eunius. En 579, Chilpéric envoie le duc Beppolène à la tête d’une armée, c’est un échec et Waroc vient piller les environs de Rennes. De nouvelles expéditions seront menées en 585 et 590 contre les Bretons, elles seront des échecs. L’expédition de 590 est intéressante puisqu’elle montre qu’un duc franc, Ebrachaire, parvint jusqu’à Vannes (pour peu de temps) et qu’il y fut accueilli par l’évêque Regalis qui se plaignit du « joug pesant des Bretons ». L’anecdote montre que les Bretons étaient désormais bien installés à Vannes et sans doute depuis 578.

Parement du castrum antique de Vannes édifié à la fin du IIIe siècle de notre ère, et visible rue Francis Decker. © Cliché Christophe Le Pennec, Ville de Vannes
Enceinte fortifiée de Vannes au début du Moyen Age. Plan Christophe Le Pennec, juin 2014


 

Bibliographie

  • Chédeville André, Guillotel Hubert, La Bretagne des saints et des rois, Rennes, Ouest-France, 1984.
  • Falc’hun François, Histoire de la langue bretonne d’après la géographie linguistique, 2e édition, Paris, PUF, 1963.
  • Fleuriot Léon, Les Origines de la Bretagne, Paris, Payot, 1980.
  • Planiol Marcel, Histoire des institutions de la Bretagne, tome II, Mayenne, Association pour la publication du manuscrit de M. Planiol, 1981.
  • Tonnerre Noël-Yves, Naissance de la Bretagne. Géographie historique et structures sociales de la Bretagne méridionale, Angers Presse l’Université d’Angers, 1994.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité