La naissance du Stade Lamballais, antérieure à 1914, le place parmi les clubs doyens à l’échelle régionale. Affilié en 1919 à la Ligue de l’Ouest de Football Association (LOFA), cette institution s’oppose au patronage catholique de la Penthièvre, qui bénéficie quant à lui des soutiens des élites aristocratiques et cléricales locales (dont les dirigeants des Haras de Lamballe). Le Stade Lamballais connaît une phase de croissance durant l’entre-deux-guerres, sous l’égide de Louis Hingant, fondateur régional de la coopérative alimentaire UNICO. À la faveur de l’amateurisme marron (le fait de rémunérer des joueurs pour jouer, pratique interdite mais qui s’avère monnaie courante, y compris dans les clubs dits amateurs après 1932) et de l’apport technique de Louis Poremba (joueur tchèque, interrégional LOFA, ex-pro à Angers et Rennes), le Stade Lamballais remporte la première Coupe de l’Ouest en 1936. Évoluant en Division d’Honneur (DH), « l’aristocratie des clubs bretons », le Stade Lamballais retrouve ce niveau après-guerre, n’hésitant pas à recourir aux services de Jean Grumellon, ancienne gloire du Stade Rennais Université Club (SRUC) et international français. Mais sportivement, les choses se gâtent et le club descend en promotion.
Une révolution s’opère en 1960 avec un changement radical de direction. Michel Le Drogoff prend la présidence et contacte André Pouliquen, enseignant comme lui, pour impulser un grand virage au club. Jeu construit, défense en ligne, 4-2-4 et travail technique, le Stade Lamballais se dote d’une nouvelle identité, d’une identité de jeu. Prolongé par Jean Morvan et rénové par Jean-Claude Trotel, ce projet s’affirme au milieu des années 1960, au point de devenir un système revendiqué. Rallié aux idées progressistes du Miroir du Football, un magazine proche du PCF, de François Thébaud, le Stade Lamballais de Jean-Claude Trotel accède à la DH et se singularise dans le paysage footballistique régional par son projet autogestionnaire. Vient le temps des collectifs tournants et d’un football fait de contestations et de jeu en mouvement. Le club remporte, après le départ de Jean-Claude Trotel à l’Université de Rennes, deux coupes de l’Ouest (1980, 1981) en revendiquant sa manière de jouer. La fusion de 2010 remet en partie en cause ce patrimoine identitaire. Le Stade Lamballais n’en reste pas moins un des porte-drapeaux du football breton si attaché à un certain style de jeu depuis le milieu des années 1960 (comme le Stade Rennais de Jean Prouff, le FC de Nantes de José Arribas voire les expériences menées à En Avant de Guingamp ou à Berné).
