Vies des saints bretons

Auteur : Philippe Lanoë / novembre 2016

Buhez ar zent - L’abbé Claude-Guillaume Marigo (1693-1759) est l’auteur de cet ouvrage publié en 1752, réédité et augmenté au moins 20 fois dont la dernière en 1927. À noter l’information : « Dans ce livre vous trouverez beaucoup plus de saints de Bretagne que dans les livres de vies de saints imprimé auparavant » Source : Plumes et mots

La production hagiographique bretonne s’étend sur une période allant du VIIe au XVe siècle. La Vie de saint Samson est datée entre le VIIe et le IXe siècle.
Mises à part quelques-unes comme celle de saint Guénolé (Urdisten) ou saint Malo (Bili), les Vies des saints n’ont pas d’auteur unique. Elles sont le fruit de nombreuses copies et réécritures pour être adaptées aux attentes et à la mentalité de chaque époque.
Elles ont pour vocation de nous raconter l’histoire (historia) du saint, mais aussi de montrer qu’il reste vivant pour ceux qui l’honorent, notamment par les miracles qu’il accomplit. Ces Vies ont une fonction liturgique, elles doivent être lues (legenda) durant l’office du saint et servent d’exemple pour l’édification des fidèles.

Elles s’inscrivent aussi dans un contexte historique. La floraison de Vies de saints à l’époque carolingienne s’explique par la volonté d’asseoir la revendication d’une métropole bretonne à Dol.
Aux XIe et XIIe siècles, leur rédaction par des évêques bretons, comme par exemple celles de Tugdual par Martin de Tréguier, ou de Ronan et Corentin par Bernard de Chartres, accompagne la réforme grégorienne.

La langue bretonne y trouve quelques-uns de ses plus anciens écrits, telle la Vie de sainte Nonne, Buez Santes Nonn, datée du XVe siècle.

La Vie, gestes, mort et miracles des saincts de la Bretaigne Armorique, œuvre de compilation d’Albert Le Grand, vise essentiellement à l’édification des croyants. Publiée en 1637, elle connaît un grand succès. De même les Buhez ar sent (Vie des saints), dans lesquelles on apprend à la fois le catéchisme et la lecture au XIXe et au début du XXe siècle, sont présentes dans de nombreuses maisons.
L’archevêque de Rennes donne, en 1875, son patronage à un projet d’édition de l’ensemble des Vies des saints bretons (Acta Sanctorum Britanniae Armoricae) porté par Dom Plaine mais qui ne verra pas le jour.

Les Vies des saints sont aussi mises à contribution à la fin du Moyen Âge par les chroniqueurs (Chronique de Saint-Brieuc) pour écrire l’histoire des origines de la Bretagne. Dom Lobineau, dans sa publication en 1725 de l’ouvrage Les Vies des saints de Bretagne, fait preuve d’un esprit beaucoup plus critique, ce qui n’empêche pas Arthur de La Borderie d’en nourrir son œuvre historique à la fin du XIXe siècle. François Duine dans son Mémento des sources hagiographiques de l’histoire de la Bretagne (1918) lui apporte la contradiction, tandis qu’une école hypercritique rejette en bloc cette source pour l’histoire.
Le travail de Bernard Merdrignac a rendu justice à cette source importante pour comprendre l’histoire religieuse et culturelle en Bretagne, ces Vies des saints constituant notamment un « extraordinaire gisement de culture populaire ».