Voyage dans le Finistère...

novembre 2016

« Penmarc’h ne se releva jamais de ce coup affreux ; la dévastation de cette ville fut complète. Depuis cette épouvantable catastrophe, ses habitants l’abandonnèrent peu à peu, les maisons s’écroulèrent couvrant le sol de leurs débris ; il n’y resta plus que les quelques pêcheurs, et les cultivateurs qui habitent encore ce lieu désolé.

Si l’on en croit les habitants de Kérity-Penmarc’h, la ville florissante dont leur hameau faisait partie, s’étendait bien au-delà des limites que la mer lui assigne aujourd’hui ; elle en a, disent-ils, envahi une partie. Ils affirment que l’on distingue facilement sur la masse de rochers nommée les étocs des débris d’habitations ; qu’à la marée basse on peut encore même descendre des marches d’escaliers qui sont entièrement conservés.

L’extrême abaissement de la côte sur ce point du littoral, vient presque apporter créance à leur assertion. La mer a pu gagner cette côte, et les riches propriétaires ou commerçants abandonnant une ville dont la prospérité s’éclipsait, ne s’opposant plus à l’irruption continuelle des flots, négligeant l’entretien des quais, des jetées, des digues qui protégeaient leurs demeures, elles ont pu progressivement disparaître par la violence des orages, des tempêtes si fréquents aux Penmarc’h. Le village de Kérity lui-même est menacé d’éprouver un sort pareil ; il n’a pour le protéger contre les épouvantables coups de vent qui chaque année le frappent, l’assaillent, que quelques dunes d’un sable fin, léger, qui s’opposent à ce que la mer le dévore, l’engloutisse. Il faudrait pour défendre le hameau de Kérity contre la violence des flots une digue, ne fut-elle qu’en pierre sèches. Cette digue aurait encore un avantage, celui de permettre d’y attacher les bateaux des pêcheurs, que forcément on est contraint d’échouer sur une grêve couverte de toutes parts d’immenses blocs de rochers et de débris de maisons.

Comme nous l’avons déjà dit, rien ne sert mieux à prouver l’extrême population qui a dû couvrir autrefois les grêves de Penmarc’h, que les édifices religieux qu’on y voit subsistants, qui s’y trouvent épars. Il en est six qui sont très remarquables. De ces six églises très distantes les unes des autres, trois sont à distinguer, celles du bourg actuel de Penmarc’h, de Kérity, de Saint Guénollé, près du rocher nommé la Torche ; les trois autres, celles de Saint Pierre, de Notre-Dame-de-la-Joie et de Saint Fiacre, sans être aussi grandes, sans offrir autant d’étendue, de développement, ne laissent pas que d’être de très remarquables chapelles. »

 

Une précision : contrairement à ce qu'a affirmé l'éditeur en 1977, Brousmiche est venu à Penmarc'h en 1841 (et non dix ans plus tôt). Il évoque par exemple le fonctionnement du phare, mis en service en... 1835.

Tiré de :

Jean-François Brousmiche, Voyage dans le Finistère, 1829, 1830 et 1831, Réédition Morvan, 1977