28 juillet 1488 : la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier

Auteur : René Cintré / novembre 2016
Incontestablement, le 28 juillet 1488 s’inscrit parmi les dates les plus marquantes de l’histoire de la fin du XVe siècle : une journée placée sous le signe de la terrible bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, à l’issue de laquelle la Bretagne – écrasée sur son propre terrain et à bout de forces – doit s’incliner devant le verdict des armes et renoncer à son indépendance, face au royaume de France. Ainsi s’opère le dénouement tragique de ce qu’il est convenu d’appeler « la question bretonne », telle qu’elle se met en œuvre à partir du règne de Louis XI (1461-1483).

1461 : Ouverture de la question bretonne

Avec l’arrivée de Louis XI sur le trône de France en 1461, s’ouvre une longue période de tension qui se cristallise sur les régions frontalières pendant plus de trente années, alternant confrontations directes et périodes d’accalmies entre la Bretagne et la France... en attendant l’heure du choc final.

Mais Louis XI meurt bien avant d’avoir réglé cette question bretonne. De fait, celle-ci rebondit de plus belle sous le règne de Charles VIII, pour se prolonger jusqu’au début des années 1490. Une première grande offensive est lancée en mai 1487, à l’issue de laquelle les forces françaises s’assurent le contrôle durable de plusieurs places d’importance stratégique, telles Dol, Saint-Aubin-du-Cormier, Vitré, La Guerche et Clisson... mais échouent devant Nantes.

1488 : la très écrasante supériorité française

La lande de la Rencontre : « Une position unique et admirable pour une grande bataille », selon La Borderie, Histoire de Bretagne, Tome 4, pages 541-559

La campagne de 1488 s’avère beaucoup plus déterminante, avec d’énormes moyens rassemblés à Angers : pas moins de 12 000 combattants – dont plusieurs milliers de soldats suisses comptés parmi « les plus beaux hommes du monde » – commandés par Louis de la Trémoïlle, considéré comme l’un des meilleurs capitaines du moment.

Partant de Pouancé, les Français s’emparent de Châteaubriant (littéralement foudroyée par les engins de l’artillerie royale) et d’Ancenis (de même entièrement rasée)... puis de Fougères (qui succombe le 19 juillet). C’est alors que les Bretons se mettent en marche. Le contact entre les deux armées se produit le 28 juillet, près de Saint-Aubin-du-Cormier, en un lieu appelé depuis ce jour « la Lande de la Rencontre ».

La bataille commence vers les 2 heures de l’après-midi, et dure environ quatre heures. Elle se déroule de la manière la plus classique qui soit. D’abord le combat s’engage par une décharge générale de l’artillerie royale. Ensuite c’est la ruée des hommes les uns contre les autres, aux cris de « Saint Sanson ! Saint Sanson ! » lancés par les Bretons invoquant le saint du jour, ancien évêque de Dol et l’un des plus vénérés protecteurs du duché.

Le choc est d’une extrême violence, à telle enseigne que les rangs – très disparates et complètement paniqués – de l’armée bretonne s’en trouvent brisés du premier coup. S’ensuit une mêlée particulièrement sanglante, au terme de laquelle périssent plus de 6 000 combattants, rien que du côté breton : des Bretons bien sûr, mais aussi des Allemands, des Gascons, des Basques et des Espagnols, venus à la rescousse, « occis sans répit comme des moutons dans un parc », et pas moins de 500 archers anglais, tous massacrés de la même manière... Tandis que chez les Français, les pertes atteignent environ 1 400 tués. Soit en tout, près de 8 000 morts, qu’on s’empresse d’ensevelir sur place en un immense charnier !

Le monument érigé par le Souvenir Breton le 28 juillet 1988, à l’occasion du 500ème anniversaire de la bataille - Maryvonne Cadiou

 

Après la bataille

Après la bataille, l’armée française s’enfonce à l’intérieur du pays. Pendant ce temps, François II se consume en mobilisant ses dernières forces. Puis, prenant conscience de l’ampleur du désastre, il se résigne à demander la paix. Celle-ci est signée au château du Verger (en Anjou) le 19 août 1488. Comme clause principale, il s’engage à ne pas marier ses filles sans le consentement du roi. Usé par trente ans de règne, « résigné en tout et chargé de tristesse », il s’éteint à Couëron (près de Nantes), le 9 septembre de cette même année 1488. Désormais le sort de la Bretagne repose tout entier sur les épaules de la très jeune duchesse Anne, en passe de devenir la princesse la plus convoitée d’Europe... en attendant d’épouser Charles VIII, le 6 décembre 1491.

Document : "l'état breton, de Jean V à la duchesse Anne"

 

Documentaire d'Alain Croix et Patrice Roturier, 1995 ; Université Rennes 2 - CREA - Canal-U

Bibliographie

  • Bibliographie complète sur le sujet dans l’ouvrage : Le Guay Jean-Pierre, Vivre dans les villes bretonnes au Moyen Age, PUR, 2009, pp. 494-502
  • Cucarull Jérôme, « Identité et commémoration. La constitution d’un lieu de mémoire Breton : la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (XVIe-XXe siècles) », Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest, tome 106, n° 4, 1999, p. 99-127 [texte intégral].
  • Source : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/abpo_0399-0826_1999_num_106_4_4054
  • Cintré René, « La fin de l’indépendance bretonne, histoire d’une déchirure », dans revue Le Pays de Fougères, n° 69, 1988, pp. 3-21.
  • Bouffort Daniel, « Commémoration du passé et passé d’une commémoration », dans revue Le Pays de Fougères, n° 69, 1988, pp. 44-46.
  • Leguay Jean-Pierre et  Martin Hervé, Fastes et malheurs de la Bretagne ducale, Éditions Ouest-France, Rennes, 1982.
  • La Borderie Arthur, Histoire de Bretagne, tome 4 (1364-1515), Rennes, 1906, réédition Joseph Floch, Mayenne, 1975.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité

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