La Bretagne, terre de refuge pendant les deux guerres mondiales

Auteur : Erwan Le Gall / juin 2020
La Bretagne, et plus encore le Finistère, est un véritable bout-du-monde (Penn ar Bed). C’est, fondamentalement, ce qui explique qu’au cours de la première moitié du XXe siècle, la péninsule armoricaine soit amenée à accueillir plusieurs vagues de réfugiés.

Terre d’émigration, la Bretagne est également un refuge, tout particulièrement pendant les deux conflits mondiaux. En effet, tant en 1914 qu’en 1940, la péninsule armoricaine accueille des milliers de réfugiés reculant devant l’avancée des troupes allemandes. Mais, face à ces afflux massifs de populations, les réactions sont contrastées.

La Grande Guerre

Dès le mois d’août 1914, la péninsule armoricaine accueille des milliers de personnes qui, originaires de Belgique mais aussi des départements du Nord et de l’Est de la France, fuient l’avancée des soldats allemands. Derrière ces exils forcés, se cachent autant de drames familiaux et de douloureuses séparations. C’est ainsi que le 7 septembre 1914, c’est-à-dire en plein bataille de la Marne, La Dépêche de Brest publie un émouvant appel émanant de Raymond Bernard, un jeune homme de 18 ans « évacué de Vervins (département de l’Aisne) » et qui est sans nouvelle de ses parents ainsi que de ses deux frères et de ses deux sœurs.

Réfugiés fuyant l'avancée allemande, 6 septembre 1914. La Contemporaine: VAL 214/074. Il est difficile de quantifier cet exode. Les archives sont en effet lacunaires mais c’est, à coup sûr, en dizaines de milliers d’individus qu’il se mesure. Plus que des hommes, des femmes et des enfants, ce sont des pans entiers de société qui se replient vers la Bretagne. C’est ainsi que, pour éviter que leurs machines-outils ne tombent aux mains des Allemands, les frères Chaffoteaux quittent les Ardennes et installent leur fonderie à Saint-Brieuc, sur les quais du Légué. Ce faisant, ils jettent les bases d’une véritable saga industrielle qui ne s’arrête qu’au début du XXIe siècle.

C’est la géographie du champ de bataille qui explique que tant de personnes viennent se réfugier en Bretagne : éloignée des tranchées, la Bretagne, même si elle est par ailleurs un véritable front maritime, apparaît comme un espace de repli pour ces individus que l’avancée allemande chasse de chez eux. D’ailleurs, au printemps 1918, alors que les troupes de Guillaume II percent une nouvelle fois le front, la péninsule armoricaine accueille une autre vague de réfugiés. Le 8 avril 1918, le maire de Bédée, petite commune d’Ille-et-Vilaine située au nord de Montfort-sur-Meu, s’apprête ainsi à recevoir 8 réfugiés.

En 1914, ces populations que la guerre lance sur les routes sont accueillies plutôt favorablement par les Bretons. A Rennes, parmi les nombreuses associations caritatives qui viennent en aide aux réfugiés, on recense une « Œuvre du Poupon belge » dévolue plus précisément aux enfants. Mais au fur et à mesure que le conflit s’enlise dans les tranchées, la cohabitation devient de plus en plus difficile. En Bretagne comme ailleurs, on ne tarde pas à parer de tous les maux ceux que l’on nomme les « Boches du nord ».

La Bretagne, espace connecté

L’histoire des réfugiés en Bretagne pendant la première moitié du XXe siècle montre que la péninsule armoricaine est un espace connecté au reste de la France mais également à d’autres pays européens. C’est ainsi que le 1er octobre 1937 une tartane espagnole, embarcation longue d’une petite dizaine de mètres et partie de La Corogne, est recueillie au large de Ouessant. A bord, on dénombre 27 individus – 22 hommes, 1 femme et ses 4 enfants – fuyant la guerre civile qui fait rage et, plus précisément encore, l’avancée des colonnes de Franco. La Dépêche de Brest, qui relate l’événement, se limite à une description très factuelle de l’évènement, comme si le journal souhaitait éviter de prendre ouvertement position.

Réfugiés espagnols effectuant le salut républicain (détail), sans lieu ni date. Wikicommons.

En effet, comme lors de la Première Guerre mondiale, cet afflux de réfugiés suscite en Bretagne des réactions contrastées. Si certains appellent à la solidarité et à l’entraide, d’autres craignent l’infiltration de militants communistes. La guerre d’Espagne agit à la manière d’une trame de fond révélant les fractures d’une opinion qui est d’autant plus divisée que les espoirs suscités par le Front populaire sont rapidement déçus. Au total, on estime à plus de 20 000 le nombre de réfugiés espagnols ayant transité, à partir du printemps 1937, par la péninsule armoricaine. Pour l’essentiel, ils proviennent des Asturies et du Pays basque. Mais l’exil n’est pas définitif et, le 2 octobre 1937, La Dépêche de Brest semble se satisfaire du rapatriement, de l’autre côté du Finistère, de « 50 000 réfugiés espagnols » parmi lesquels un certain nombre avaient trouvé refuge en Finistère.

Un refuge dans la débâcle ?

En 1940, ces réserves n’ont pas le temps de s’exprimer tant l’effondrement des armées françaises est rapide. Comme en 1914-1918, l’ampleur de cet exode est difficile à appréhender et ce sont par centaines de milliers que les réfugiés fuient l’avancée allemande et arrivent, à partir de la mi-mai, en Bretagne. Toutefois, les leçons de la Grande Guerre et de la Guerre d’Espagne semblent avoir été apprises et on ne retrouve pas en 1940 l’improvisation qui pouvait régner en 1914. C’est ainsi, par exemple, que le Conseil général d’Ille-et-Vilaine, dans sa séance du 8 mai 1940, demande des crédits au gouvernement pour améliorer le réseau d’eau « en prévision de l’arrivée des réfugiés ».

Affiche datant du mois de juin 1940 (détail). Musée de Bretagne: 997.0018.28.

Mais ces mesures arrivent trop tard. Le 17 juin 1940, les troupes allemandes entrent en Bretagne. Les réfugiés sont rattrapés par leurs poursuivants et la Bretagne se transforme en cul-de-sac pour des centaines milliers d’individus : des familles provenant principalement du Nord, du Pas-de-Calais, de Picardie et de région parisienne mais également des militaires qui font tout pour éviter d’être capturés et envoyés dans des Stalags en Allemagne. Parmi eux, des milliers de britanniques qui, dans l’estuaire de la Loire, trouvent refuge sur un paquebot de la Cunard transformé en transport de troupes. Mais, comme un symbole du désastre de l’année 1940, le Lancastria est frappé au large de Saint-Nazaire par l’aviation allemande et ne tarde pas à emporter par le fond ses passagers.

BIBLIOGRAPHIE :

 

  • Popelier Jean-Pierre, Le premier exode. La Grande Guerre des réfugiés belges en France, Paris, Vendémiaire, 2014.
  • Le Boulanger Isabelle, L’exil espagnol en Bretagne (1937-1940), Spézet, Coop Breizh, 2016.
  • Guyvarch, Didier et Lagadec, Yann, Les Bretons et la Grande Guerre. Images et histoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2013.
  • Bougeard Christian, La Bretagne de l’Occupation à la Libération (1940-1945), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2014.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité