Le maquis de Saint-Marcel (6 juin-18 juin 1944)

Auteur : Christian Bougeard / janvier 2017
Au même titre que les Glières, le Vercors ou le Mont-Mouchet, le maquis de Saint-Marcel constitué près de Malestroit dans le Morbihan, au cœur des Landes de Lanvaux, est l’un des grands maquis mobilisateurs entrés dans l’histoire de la France à la Libération. Il n’a pourtant duré qu’une dizaine de jours, mais il a été le principal maquis de Bretagne, région où des dizaines de groupes de maquisards se sont développés en juin et juillet 1944.

Quand une base de parachutistes SAS se transforme en camp maquisard


Pour faciliter le débarquement de Normandie (opération Overlord) et retarder l’envoi de renforts allemands sur le front, les Alliés décident d’importantes opérations de sabotage en Bretagne. Mais comme ils ne croient guère à l’efficacité de la Résistance bretonne, ils larguent, à partir de la nuit du 5 au 6 juin 1944, les 475 parachutistes français du 4th SAS (ou 2e RCP) du colonel Bourgoin, dit « le Manchot », sur deux bases : à Duault, Côtes-du-Nord (opération Samwest) et à Saint-Marcel, Morbihan (opération Dingson), ainsi que 18 équipes de sabotage des voies ferrées (opération Cooney parties) qui doivent ensuite rejoindre Dingson.

Le lieutenant Pierre Marienne et des parachutistes français du 4e SAS à l’entrainement en Grande-Bretagne. Avant d’être largués sur la Bretagne à partir du 6 juin 1944, ces SAS ont subi un entraînement intensif dans le camp de Camberley et en Écosse. Marienne commande l’un des deux sticks de 9 hommes chargés d’installer la base Dingson où se forme le maquis de Saint-Marcel. Crédit : Musée de la Résistance bretonne de Saint-Marcel.
Tombés assez loin du terrain de parachutage Baleine, homologué de longue date, et accrochés par les Allemands  – le caporal-chef Émile Bouétard, originaire des Côtes-du-Nord est sans doute le premier tué du débarquement à Plumelec –, les deux premiers sticks SAS des lieutenants Marienne et Deplante ne rejoignent Saint-Marcel que le 7 juin au soir. Ils ont la surprise de trouver un poste de commandement improvisé à La Nouette, la ferme de la famille Pondard, et des groupes de FFI qui ont répondu à l’appel à la levée en masse, ainsi que le chef départemental des FFI, le colonel Morice (Paul Chenailler).

Dans les jours suivants, des milliers de résistants vont converger vers Saint-Marcel. Dans son premier message radio, le 8 juin, Marienne se dit « enthousiasmé par [l’] organisation et ses immenses possibilités ». Le lendemain, gonflant sans doute les effectifs, il précise à Bourgoin : « 3 500 hommes en formation régulière vous attendent ». Sans avoir été programmée, la fusion de la résistance intérieure bretonne et des parachutistes SAS s’opère sur le terrain. Chaque nuit, 150 à 200 containers tombent du ciel (640 le 13 juin, 170 tonnes) : ils permettent d’armer trois à quatre mille hommes des bataillons FFI et FTP du Morbihan. Un camp retranché s’est mis en place avec boucherie, boulangerie, groupes électrogènes pour les émetteurs radios.

La bataille de Saint-Marcel (18 juin 1944) et la terrible répression allemande


Un tel trafic ne peut qu’attirer l’attention de l’occupant qui a décidé de détruire les nombreux maquis bretons, dont celui de Duault dès le 12 juin. Cette concentration d’hommes devenant très dangereuse, Londres ordonne, dans la nuit du 17 au 18 juin, la dispersion du maquis et le recours à la guérilla. Mais il est trop tard car, à l’aube du dimanche 18 juin 1944, les Allemands attaquent le camp de Saint-Marcel (800 ha) où se trouvaient environ 2 400 hommes (chiffre difficile à vérifier), trois bataillons FFI encadrés par deux cents SAS. La bataille de Saint-Marcel dure toute la journée. L’aviation britannique, la RAF, intervient même pour soutenir les combattants français. Vers 22 h, les maquisards parviennent à décrocher et à se disperser, aidés et cachés par la population. Vingt-huit combattants dont six SAS ont été tués (60 blessés, 15 prisonniers), alors que les Allemands auraient perdu de 300 à 560 hommes selon des estimations non vérifiées par les sources allemandes. Les jours suivants, secondé par des agents français déguisés en parachutistes et des miliciens français et bretons du Bezen Perrot, l’occupant déclenche de vastes rafles, récupère des dépôts d’armes, incendie des fermes et des villages (Saint-Marcel), arrête, torture, traque et massacre des parachutistes, des résistants et des civils.

Dans les jours qui suivent le repli et donc la destruction du maquis de Saint-Marcel, les Allemands et leurs supplétifs incendient partiellement le bourg de la commune et se livrent à de terribles représailles contre la population civile tout en pourchassant les maquisards et les parachutistes. Crédit : Musée de la Résistance bretonne de Saint-Marcel.
La stratégie alliée des grands maquis mobilisateurs, surtout quand ils sont en partie improvisés comme celui de Saint-Marcel, est un échec mais la plupart des combattants sont parvenus à sortir de la nasse. Pourtant, la bataille de Saint-Marcel a d’importantes répercussions psychologiques car elle montre, pour la première fois en zone nord, que la Résistance, armée et encadrée par des professionnels, peut tenir les Allemands en échec dans une bataille rangée. Tirant les leçons de l’expérience, les parachutages d’armes vont désormais se faire à proximité des maquis. Le maquis de Saint-Marcel a marqué durablement la mémoire de la Résistance et de la libération de la Bretagne. Depuis 1984, il est le siège du musée de la Résistance bretonne, un important lieu de mémoire et d’histoire à vocation pédagogique, qui doit être rénové et actualisé sur le plan scientifique.
 

bibliographie

  • Leroux Roger, Le Morbihan en guerre - 1939-1945, Mayenne, Joseph Floch éditeur, 1978.
  • Andersen Bö Patrick et Bertin François, Le maquis de Saint-Marcel, Rennes, éd. Ouest-France, 1998.
  • Bougeard Christian, « Le maquis et la bataille de Saint-Marcel (18 juin 1944) : Événement marquant et lieu de mémoire de la Seconde Guerre mondiale en Bretagne », in Le Page Dominique (dir.), 11 batailles qui ont fait la Bretagne, Morlaix, Skol Vreizh, 2015, p. 333-356.
  • Gourrier François et Lagadec Yann, « La libération du Morbihan, un laboratoire pour les forces spéciales alliées (juin-août 1944) », Mémoires de la Société polymathique du Morbihan, 2005, p. 229-249.

 

Films 

Témoignages des habitants de Saint-Marcel ayant vécu les évènements de la bataille de Saint-Marcel en Morbihan le 18 juin 1944.

 

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Proposé par : Bretagne Culture Diversité