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Les espaces périurbains en Bretagne

Un concept lié à la mobilité

Le concept de « périurbanisation » est un mot-valise qui émerge surtout dans les années 1950-1960 pour désigner les nouvelles formes d’habitat apparaissant en périphérie des villes.

En réalité, cet essor de la périurbanisation est puissamment associé à l’essor des mobilités. Les premières formes sont corrélées, à partir du milieu du xixe siècle, à l’apparition des trains et des tramways puisque des habitants travaillant dans les centres trouvent profit à s’installer en périphérie des villes afin de bénéficier de terrains et de logements moins onéreux.

Près de Nantes, la petite commune de Saint-Herblain (1 830 habitants en 1800) connaît son tout premier frémissement en accueillant une gare. Elle regroupe aujourd’hui 43 516 habitants. C’est donc surtout un siècle et demi plus tard, avec la diffusion de l’automobile dans les années 1960-1970, que cette conquête périurbaine s’envole. On passe, comme l’évoque Marc Wiel, de « l’homme pédestre à l’homme motorisé ».

Dans sa définition même, le terme de « périurbain » se fonde sur les mobilités liées à l’emploi puisqu’une commune est dite périurbaine si plus de 40 % des actifs travaillent dans un ou plusieurs « pôles » regroupant au moins 1 500 actifs. Statistiquement, la périurbanisation n’est pas perçue comme étant un type de paysage (les lotissements par exemple, les zones commerciales ou d’activités) mais comme liée aux migrations d’actifs.

Un paysage avant tout

Cesson en 1949
Cesson en 2010

La croissance spectaculaire de Cesson-Sévigné entre 1949 et 2010. Crédit : Ouest-France (Tous droits réservés)

Or, c’est bien plus par la notion de paysage que se caractérise la notion de périurbanisation. Un exemple très concret pris en périphérie de Rennes et permettant de voir l’évolution sidérante de Cesson-Sévigné permet de l’illustrer. En 1949, l’espace reste marqué par la présence d’un simple bourg, au sein d’un territoire pour l’essentiel rural dans lequel on remarque l’importance du bocage et surtout des vergers pour les pommes à cidre. En effet, le marché rennais (113 781 habitants en 1946) est tout proche, et les bars à cidre fleurissent rue de Saint-Malo.

Désormais, il existe sans doute à Cesson plus de maisons que de pommes. Sur cette photographie aérienne (la première a été colorisée pour faciliter la comparaison), on est en présence de ce que les Anglais appellent un « urban sprawl » (un déferlement urbain). On constate l’essor impressionnant de la voierie, la croissance spectaculaire du nombre de lotissements qui suivent parfois le parcellaire des anciens champs et chemins. À noter dans le détail l’évolution spectaculaire du nombre des ronds-points, la voie ferrée utilisée au sud comme coupure urbaine, la création au nord et autour de la Vilaine de deux bases d’espaces « naturels » ou zones de loisirs (canoé-kayak). Désormais inclus dans le centre-ville, les deux espaces forestiers ont résisté et sont devenus des parcs (parc de la Chalotais près de l’actuel hôtel de ville, parc de Bourgchevreuil). La Vilaine est aussi devenue une zone ludique (parc de la Monniais, parc de Champagné, parc du Bois de la Justice…). Au sud et à l’est, les zones industrielles et d’activités rappellent que Cesson-Sévigné fait aussi partie de la technopole Rennes Atalante, bien que l’essentiel du déploiement soit à l’extérieur du cadre. À noter que le bocage préexistant a totalement disparu, même si l’on en suit l’héritage au sud-est de la photo, de même on perçoit l’ancien réseau de chemins à travers le palimpseste de l’actuelle voierie.

Des formes variées

Au final, un seul document comparatif vaut peut-être mieux que de longs discours. Il est à noter toutefois que cet exemple est plus spectaculaire que d’autres. Il se caractérise aussi par l’importance d’un bâti individuel, avec des maisons ou propriétés vastes disposant presque toutes de jardins. Cesson-Sévigné est dans l’ensemble une commune aisée. De même, on est aujourd’hui dans d’autres logiques favorisant davantage les petites parcelles et, même à Cesson-Sévigné, on se lance désormais dans des enjeux de densification (l’opération du quartier Via Silva).

 

Cette illustration n’est donc qu’un exemple et il existe bien d’autres formes de périurbanisation en Bretagne. Certaines comme à Donges ou Montoir-de-Bretagne se sont opérées autour de l’industrie lourde. D’autres formes se sont réalisées de façon bien plus éparse, notamment sous forme d’un mitage quand on est loin des villes, parfois aussi autour de centres commerciaux, de golfs ou d’espaces d’habitats collectifs (Hillion par exemple, près de Saint-Brieuc). Il faut donc bel et bien parler d’espaces périurbains en n’oubliant jamais, malgré quelques similarités, l’existence d’un néologisme qui doit s’écrire au pluriel.

BIBLIOGRAPHIE

Allain Rémy, « Les grandes villes bretonnes (1945-1995) : croissance, organisation spatiale, urbanisme », in L’économie bretonne. La grande mutation : 1945-1995, CRDP, 1998, p. 48-66.

Géographes de Bretagne, Paysages. Le défi breton, 2006.

Le Rhun Pierre-Yves (dir.), Géographie de la Bretagne, en ligne.

Lescoat Jacques, La Bretagne ou l’environnement égaré, nouvelle édition revue et corrigée, Spézet, Coop Breizh, 1996, 166 p.

Ollivro Jean, Bretagne, 150 ans d’évolution démographique, Rennes, PUR, 2005, 368 p.