L’Office central de Landerneau

Auteur : David Bensoussan / novembre 2016
Créé en 1911, l’Office central de Landerneau s’impose après la Grande Guerre comme l’organisation emblématique de la coopération et du syndicalisme agricoles en Bretagne. Animé à l’origine par des préoccupations confessionnelles, il s’affirme rapidement comme un modèle d’organisation professionnelle dont le rayonnement est tel qu’il lui vaut une reconnaissance à la fois régionale et nationale.

La fondation de l’Office central

C’est le 16 septembre 1911 qu’est fondé, dans la ville de Landerneau, l’Office central des Œuvres mutuelles agricoles du Finistère à l’initiative d’un certain nombre de dirigeants de syndicats agricoles. La plupart d’entre eux sont issus de l’aristocratie rurale à l’exemple d’Augustin de Boisanger qui en prend la présidence. Le choix de Landerneau, où s’installe le premier magasin de la coopérative, s’explique en large partie par sa position centrale, à la jonction des lignes de chemin de fer Quimper-Brest et Brest-Morlaix tandis que l’Élorn permet le transport de marchandises vers la rade de Brest. Tout cela doit permettre de favoriser la vente de produits agricoles, d’engrais notamment, que les paysans finistériens utilisent de manière croissante. Mais, plus qu’une coopérative, l’Office central entend fédérer l’ensemble des œuvres syndicales, mutualistes, coopératives et sociales qui se sont constituées les années précédentes dans la mouvance d’un catholicisme social particulièrement actif dans le département.

Le premier congrès et le premier élan

Les 22 et 23 octobre 1912, le premier congrès des Mutualités et des Syndicats agricoles du Finistère se tient dans l’immeuble construit pour héberger l’ensemble des activités de l’Office central (An Ty Kenta, « la première maison »). Outre sa dimension professionnelle et économique, le nouvel organisme revendique clairement des préoccupations confessionnelles. Il affiche ainsi sa volonté d’œuvrer à la restauration d’un ordre social chrétien, dans une logique corporatiste, ce que résume sa devise Restaurare Omnia in Christo (« Tout restaurer dans le Christ »), inscrite dans la grande salle de Ty Kenta. Bénéficiant de l’appui du clergé qui, en chaire, appelle à créer des syndicats et des caisses d’assurances mutuelles ou de crédit mutuel, l’Office central regroupe, à la veille de la Grande Guerre, 39 syndicats pour 3 500 syndiqués et plusieurs dizaines de caisses mutuelles d’assurance.
Rapport du 1er congrès 1912 - Archives privées de Guébriant


1er bâtiment de l’OC, appelé Ty Kenta (la 1è maison en breton) , transformé en hôpital durant la Première Guerre Mondiale. La façade de l’édifice, béni par Mgr Duparc en 1912 arbore encore aujourd’hui une plaque dédicatoire en l’honneur de son fondateur, Augustin de Boisanger - Triskalia - Ville de Landerneau

Le dynamisme de l’après-guerre

La Grande Guerre est une rude épreuve pour l’Office central qui y perd son président, tué dès décembre 1914. Mais sa renaissance est rapide et énergique sous la direction d’Hervé Budes de Guébriant. L’Office central s’engage alors dans ses « 20 glorieuses ». Il peut alors compter sur l’engagement d’une élite paysanne qui fonde des syndicats locaux dans la plupart des communes du département. Le modèle syndical mis en place est celui du syndicalisme mixte, mêlant dans une même structure tous les acteurs du monde agricole. Le grand propriétaire y côtoie le fermier voire l’ouvrier agricole. Conforme à la vision conservatrice développée par les dirigeants de l’Office central, ce type de syndicalisme nourrit les critiques des milieux socialistes et démocrates-chrétiens qui lui reprochent de favoriser la tutelle de l’aristocratie rurale sur la paysannerie. Sa réussite est néanmoins incontestable. L’Office central s’impose comme une organisation emblématique du syndicalisme agricole à l’échelle régionale et nationale.

Logo Office 1937 - source : Triskalia - Ville de Landerneau

En 1930, alors qu’il s’étend désormais aussi sur le département des Côtes-du-Nord, l’Office central regroupe 463 syndicats et 38 400 membres. L’activité croissante de la coopérative a, par ailleurs, entraîné la multiplication de dépôts locaux dans les deux départements. Cherchant à répondre aux multiples besoins de la paysannerie en terme de crédit, d’assurances ou de formation professionnelle, l’Office central œuvre en faveur de l’essor économique des campagnes bretonnes. Pour autant, il s’affirme aussi résolument comme l’instrument d’une volonté conservatrice qui cherche à préserver les structures sociales hiérarchiques du monde rural. C’est d’ailleurs le sens de son engagement dans la Corporation paysanne de Vichy. Les difficultés que connaissent ses dirigeants à la Libération n’empêchent cependant pas l’Office central, solidement implanté dans le Finistère, de devenir, par la suite, un acteur important de la révolution agricole bretonne. Le groupe coopératif Triskalia, le Crédit mutuel de Bretagne tout comme Groupama témoignent encore aujourd’hui de sa postérité.

Bibliographie

  • Bensoussan David, Combats pour une Bretagne catholique et rurale. Les droites bretonnes dans l’entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 2006.
  • Bensoussan David, « Le syndicalisme agricole entre conservatisme et progressisme : le projet syndical du comte de Guébriant dans la première moitié du XXe siècle », dans Frédérique Pitou (dir.), Élites et notables de l’Ouest (XVIe – XXe siècle). Entre conservatisme et modernité, Rennes, PUR, 2003, p. 193-202.
  • Berger Suzanne, Les paysans contre la politique, Paris, Seuil, 1975 (traduction de 1972, Harvard University Press).
  • Canevet Corentin, Le modèle agricole breton, Rennes, PUR, 1972.
  • Dupont Dupont Loïc, Office Central de Landerneau. Un siècle d’action coopérative et mutualiste en terre bretonne, Office Central, 2006.
  • Mévellec François, Le combat du paysan breton à travers les siècles, Rennes, Imprimerie Les Nouvelles, 1972.
  • Mévellec François, Le combat du paysan breton à son apogée, Rennes, Imprimerie Les Nouvelles, 1974.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité