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Maîtriser et gérer le besoin en eau

Adaptation des hommes à la contrainte de l’eau

L’habitat traditionnel en Bretagne a été longtemps dispersé. Les géographes du XIXe siècle y vont vu une forme d’adaptation à cette contrainte naturelle, essentielle pour toute population, celle de s’approvisionner en eau. L’eau, partout disponible, n’imposait pas de concentration des hommes. Mais actuellement on peut être conduit à inverser la proposition : la concentration des hommes vers laquelle tendent nos sociétés contemporaines ne pose-t-elle pas problème ?

De même, autre caractéristique de nos paysages, si le bocage longtemps omniprésent a pu être considéré comme un obstacle à la modernité, n’était-il pas, de fait, une superbe adaptation des hommes à ces contraintes hydriques ? Nous le redécouvrons après en avoir arasé près de 350 000 km linéaires dans les années 1960/70.

La transformation des espaces et ses effets sur la ressource en eau

La transformation des espaces opérée au cours des soixante dernières années est en effet lourde de conséquences en matière de circulation des eaux de surface. Urbanisation galopante, artificialisation et imperméabilisation des sols (bâti, infrastructures), destruction du maillage bocager, calibrage des cours d’eau rectification d’un ruisseau abandon des talus, noues et fossés sont autant d’éléments qui ont accru la vitesse de circulation des eaux sur les sols. S’il y a cinquante ans une goutte d’eau tombée en amont du Meu, point hydrographique le plus éloigné de la mer, mettait huit jours pour l’atteindre, aujourd’hui il ne lui en faut plus que trois pour effectuer ce même trajet. On redécouvre, après l’avoir détruit, ce rôle essentiel de rétention des eaux terrestres que jouait alors le bocage en freinant la circulation des eaux superficielles. Il répondait ainsi à l’absence de nappes, en retenant ce bien précieux tombé du ciel.

Rien d’étonnant par conséquent si l’on observe, lors des épisodes pluvieux de l’hiver, de graves inondations sur les parties aval des petits fleuves côtiers, là où justement se situent très souvent nos villes-ports et les concentrations humaines. Morlaix, Landerneau, Châteaulin, Quimper, Quimperlé, Redon connaissent désormais des inondations répétées et d’autant plus catastrophiques que de fortes marées, des ondes de tempête avec surcote se conjuguent parfois à la crue.

Ces crises deviennent alors problématiques, posant franchement la question de la maîtrise d’un aménagement responsable du territoire.

Face à l’élévation prévisible du niveau marin, à des épisodes pluvieux annoncés comme devant être dans l’avenir plus brutaux, cette destruction irresponsable du maillage bocager constitue un élément qui laisse prévoir des crises majeures et répétées. Là, l’action de l’homme, ses aménagements, son anticipation à prévoir les risques, deviennent essentiels.

Satisfaire les besoins humains

Si l’eau peut constituer un danger, elle est aussi une nécessité. La société bretonne, de plus en plus concentrée dans les grands centres urbains de plus d’un million d’habitants à l’est (Axe St-Malo/Rennes/Nantes/St-Nazaire) ou sur la côte sud de la Bretagne (900 000 h agglomérés entre la Cornouaille et le Vannetais), n’a d’autre solution que de multiplier si possible les retenues d’eau  et favoriser l’interconnexion des réseaux d’approvisionnement pour répondre aux besoins croissants des populations (en 2006 ils étaient estimés à près de 208 M de m3, soit 130l/h/jour, ce qui reste faible dans nos sociétés développées).

Les captages et retenues sont nombreux, surtout à l’est, plus urbanisé. La Région compte plus de 30 retenues artificielles de plus de 500 000 m3 associant plusieurs vocations mais pour lesquelles l’approvisionnement en eau des zones de peuplement dense constitue la raison d’être majeure. Mais ces retenues, déjà anciennes, ne sont pas sans poser problème (critiques des écologistes) et résolvent de moins en moins la satisfaction croissante des besoins.

Si elles permettent d’écrêter les crues, elles perturbent la circulation des poissons, accélèrent la sédimentation, ce qui en restreint la capacité, sont parfois soumises à des pollutions qui les condamnent (cas de la Cantache alimentant Rennes). Aussi l’interconnexion  des réseaux d’approvisionnement a semblé la solution idéale pour résoudre ces besoins.

Les grandes agglomérations l’ont développée. Le cas le plus emblématique est constitué par le barrage d’Arzal sur l’estuaire de la Vilaine. Construit sous des prétextes divers dans les années 1960, il avait déjà surtout comme mission de fournir en eau les projets touristiques de la côte sud. Aujourd’hui, son usine de traitement des eaux (AIV) alimente par interconnexion des réseaux couvrant la quasi-totalité du Morbihan et de la presqu’île guérandaise (Croisic/La Baule), permettant ainsi de faire face aux besoins de populations résidentes mais aussi de résoudre la question des pointes estivales issues de la forte activité touristique de ces secteurs. Mais elle fournit aussi désormais une part importante de l’eau nécessaire aux agglomérations nantaise et rennaise qui rencontrent de plus en plus de difficultés à s’alimenter sur leurs réserves existantes.

Les limites de l’interconnexion

Si techniquement cette organisation semble parfaite, elle présente néanmoins des revers. Le barrage d’Arzal, en perturbant les échanges estuariens entre eau continentale et eau de mer, constitue en effet un problème écologique majeur. Favorisant la sédimentation, empêchant les apports de nutriments que charrie le fleuve vers la mer, il a transformé le Mor Braz, autrefois grand gisement halieutique de la façade atlantique, en une mer morte. Les nutriments charriés par la Vilaine n’arrivent plus en mer que de manière aléatoire et brutale (boom planctonique accompagnant les lâchers d’eau, eutrophisation de la mer) et les migrations de sédiments sont désormais fortement perturbées.

Par ailleurs, ces réseaux complexes ont un coût (construction, entretien, gestion). La Bretagne est une des régions de France où le coût du mètre cube d’eau est parmi les plus chers (4 € en moyenne, jusqu’à 7,6 € dans les îles). Le cas des îles, aux réserves aquifères très limitées, est emblématique des problèmes d’aménagement de notre territoire. Par rapport à sa capacité à assumer ce besoin élémentaire à partir des ressources endogènes, des études ont démontré qu’un territoire îlien comme Belle-Île ne peut dépasser une population de 15 000 h. Au-delà de ce seuil, il faut importer l’eau du continent ou désaliniser l’eau de mer, cela à des tarifs prohibitifs.

N’est-ce pas la même question qui se trouve posée à une bonne part du territoire breton littoral, ce qui met en cause la concentration croissante des populations en ces secteurs, l’urbanisation et la « métropolisation » actuellement préconisée ? Ne doit-on pas tenir compte, avant toute densification, toute croissance de population en un lieu, de la capacité d’un milieu d’assurer aux populations la satisfaction de ce besoin si élémentaire ?

Les interconnexions en Bretagne

BIBLIOGRAPHIE

Le Rhun Pierre-Yves, « Eau », Dictionnaire du patrimoine breton, Apogée, 2000, p. 338-339.

Fascicules de la Dreal : L’Environnement en Bretagne, atlas cartographique et graphique sur l’environnement de la région : www.bretagne-environnement.org