Quand les chanoines font scandale

Auteur : Olivier Charles / octobre 2019

Le chanoine de Tréguier Jacques Le Dot est un bel exemple de chanoine scandaleux. En 1703, il est en effet jugé à l’officialité (le tribunal diocésain) car il est « convaincu d’avoir eu des commerces déréglés avec des personnes du sexe, mariées et non mariées ». D’ailleurs, il vit avec une femme dont il a eu un enfant. Suspendu, frappé d’une peine de séminaire, il vit toujours avec elle en 1713. Cela dit, ce genre de situation, fréquente au xviie siècle, se raréfie par la suite et, le temps passant, l’effort disciplinaire portant ses fruits, les registres de délibérations capitulaires ne livrent guère d’exemples de comportements déviants dans la seconde moitié du xviiie siècle.

En revanche, dans les bas-chœurs, l’évolution est loin d’être aussi nette, même s’il faudrait certainement nuancer selon les cathédrales. À Vannes, entre 1700 et 1703, le chapitre est ainsi aux prises avec l’un de ses chantres, Jean Richin, qui multiplie les fautes et les provocations. Il mène « une vie scandaleuse », grogne « à tous moments contre tout le monde… soit dans les cérémonies, soit dans le chœur, soit dans la musique », manque de respect à l’égard des chanoines, du maître de musique, mange de la viande les vendredis et samedis. De plus, ivre, il donne « des coups de pieds par derrière à des enfants » pendant les offices et tente même de violer la femme de son logeur. À la fin du siècle, en 1785, la vie du chœur de Saint-Pierre de Vannes semble toujours agitée. Charles Launay, un laïc second sous-chantre de la cathédrale, est sévèrement réprimandé en chapitre pour avoir omis de « porter la chape à vespres ». Alors que le chantre du chapitre Léonard de Douhet lui rappelle ses obligations, son frère, l’archiprêtre Jacques Adrien Launay, prend sa défense et « ils occasionnerent l’un et l’autre un tel scandal, et par leur propos et par le ton indecent avec lequel ils parloient, que l’on fut obligé de fermer la porte de la sacristie pour empecher que le public n’en fut scandalise ».

Proposé par : Bretagne Culture Diversité