Scrutin régional de 2004 en Bretagne : l’alternance

Auteur : Michel Nicolas / novembre 2016
La Bretagne a longtemps été marquée à droite (une droite modérée, principalement d’inspiration centriste). Dans les dernières décennies, elle connaît une double alternance. C’est tout d’abord le cas en 1981, dans le contexte des élections législatives consécutives à l’élection de François Mitterrand : les députés de gauche (tous socialistes) sont 19 sur 33 sur le territoire de la Bretagne historique. Puis, il y a le scrutin régional de 2004.

Le contexte du scrutin régional de 2004 en Bretagne

En ce début de XXIe siècle, les enquêtes de l’Observatoire international du politique à l’échelon hexagonal montrent clairement la faveur croissante portée par l’opinion au pouvoir régional. La tendance est encore plus nette en Bretagne. C’est dire combien la majorité régionale sortante, présidée par Josselin de Rohan, s’est trouvée en porte-à-faux en ne considérant la Région que comme un échelon infra-étatique subalterne. Le contexte général de ce scrutin régional de 2004 révèle une forte dynamique à gauche. Dans le contexte de l’époque, cette dernière considère les Régions comme autant de contre-pouvoirs capables de contrebalancer un Parlement totalement dominé à ce moment-là par l’UMP. L’idée prévaut que les Régions se trouvent en mesure de conduire leur propre développement sans être réductibles à de simples échelons d’exécution de politiques décidées par l’État.

Jean-Yves Le Drian - Emmanuel Pain / Région Bretagne

 

Au premier tour, la liste du président sortant ne réunit que 25,5 % des suffrages. Les centristes font 11 % et le Front National 8,4 %. Mathématiquement, la gauche affiche déjà une majorité, si l’on totalise les résultats de la liste Le Drian (38,4 % des suffrages), la liste Verts-UDB (9,7 % des suffrages) et la liste trotskiste (4,7 %). Au deuxième tour, la liste Le Drian l’emporte très nettement, avec 58,7 % des suffrages. Désormais, à l’échelon hexagonal, la gauche administre 24 régions sur 26 (à l’exception de l’Alsace et de la Corse).

Résultats du 1er tour en Bretagne

  Nombre % Inscrits % Votants
Inscrits 2.2207.064    
Abstentions 785.758 35,60  
Votants 1.421.306 64,40  
Blancs ou nuls 64.853 2,94 4,56
Exprimés 1.356.453 61,46 94,44

 

Liste conduite par Voix % Exprimés Sièges
Mme Brigitte Neveux (LFN) 114.926 8,47  
M. Lionel David (LXD) 26.074 1,92  
Mme Françoise Dubu (LXG) 64.868 4,78 (LCR-LO)
M. Josselin Rohan de (LDR) 347.134 25,59  
M. Bruno Joncour (LDR) 150.078 11,06  
Mme Pascale Loget (LVE) 131.550 9,70 (Verts-UDB)
M. Jean-Yves Le Drian (LGA) 521.823 38,47 (PS-PCF-Radicaux)
En raison des arrondis à la deuxième décimale, la somme des % exprimés peut ne pas être égale à 100,00%

Résultats du 2ème tour en Bretagne

  Nombre % Inscrits % Votants
Inscrits 2.206.047    
Abstentions 708.830 32,13  
Votants 1.497.217 67,87  
Blancs ou nuls 66.591 3,02 4,45
Exprimés 1.430.626 64,85 95,55

 

Liste conduite par Voix % Exprimés Sièges
M. Jean-Yves Le Drian (LGA) 840.989 58,78 58
M. Josselin Rohan de (LDR) 589.637 41,22 25
En raison des arrondis à la deuxième décimale, la somme des % exprimés peut ne pas être égale à 100,00%

Source : Ministère de l'intérieur (1er tour / 2ème tour)

Singularité de la Bretagne, aussi, avec la surprise venue du côté des Verts et de l’UDB, regroupés pour la circonstance autour de la liste « Bretagne verte unie et solidaire». À l’issue du premier tour, cette dernière totalisera 9,7 % des suffrages exprimés (131 500 voix), s’imposant comme une force politique sans laquelle la gauche se fût trouvée minoritaire. L’Union démocratique bretonne se voit ainsi gratifiée de trois sièges, le quatrième allant à Christian Troadec, maire de Carhaix et proche de ses idées.

La présence inédite de conseillers fédéralistes

Pour aussi modeste qu’elle soit, cette élection offre un immense impact symbolique. C’est la première fois en effet qu’accèdent à une assemblée régionale démocratiquement élue des candidats se réclamant du « peuple breton ». Elle revient donc à acter la renaissance du mouvement breton, après une longue période marquée par un rôle tribunitien et revendicatif. En outre, le fait que l’UDB se soit vu confier au sein de l’exécutif régional la responsabilité des relations internationales accélère l’ouverture sur une Europe émergente des régions et des territoires.

Plus généralement, une idée fait son chemin à gauche : l’expression identitaire ne saurait être prise en compte exclusivement comme un vecteur de développement économique ou comme un supplément d’âme. Elle constitue aussi une réalité incontournable dans l’expression de la démocratie régionale.

La prise en compte de nouvelles problématiques

Certaines questions sont fondamentales en Bretagne : environnement, extension de la démocratie régionale, développement économique, ouverture à l’international, langue et culture, réunification administrative, etc. À de nombreux titres, des retombées marquantes du nouveau cours des choses sont rapidement observables.

Si l’on ne retient que les deux dernières questions au cœur de la revendication bretonne depuis le début, elles font l’objet d’avancées très significatives dès la fin de l’année 2004. Pour ce qui est de la réunification administrative de son territoire historique, le 8 octobre, le conseil régional adopte à l’unanimité, sur proposition du groupe UDB-Gauche alternative, une résolution par laquelle il « réitère son adhésion à l’idée de la réunification administrative de la Bretagne ». Il propose au président du conseil général de la Loire-Atlantique d’engager toutes démarches nécessaires auprès du gouvernement et du Parlement pour obtenir l’organisation d’un référendum sur ce point. Quant à la question linguistique, le conseil adopte le 17 décembre 2004, à l’unanimité également, sur proposition du socialiste Jean-Pierre Thomin, « une politique linguistique de la Bretagne ». Il s'agit là d'un véritable plan de sauvetage et de promotion de la langue bretonne inspiré de la Charte des langues régionales ou minoritaires votée par le Conseil de l’Europe en juin 1992.

Au scrutin régional suivant, en 2010, la gauche conservera le pouvoir, atteignant le score inédit de 65,8 %. Mais la liste Le Drian atteindra juste 50,2 % des suffrages. Cette fois, en effet, la liste Verts-UDB sera en mesure, et décidera, de rester présente au deuxième tour (17,3 %).

Bibliographie

  • Monnier J.-J., Le Comportement politique des Bretons (1945-1994), Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Des sociétés », ‎ juillet 1994, 436 p.
  • Nicolas M., Les Bretons et la politique. 30 ans de scrutins en Bretagne. 1958-1988. En collaboration avec Jean Pihan. Rennes, Presses Universitaires de Rennes/Institut Culturel de Bretagne, 1988, 256 p.
  • Histoire de la revendication bretonne. Des origines aux années 1980, Spézet, Éditions Coop Breizh, 2007, 448 p.
  • BREIZH. La Bretagne revendiquée. Des années 1980 à nos jours, Morlaix, Éditions Skol Vreizh, Janvier 2012, 548 p.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité