Brest, place forte maritime

Auteur : Patrick Galliou / janvier 2017
Au fond d’une vaste rade de 180 km2 s’ouvrant, par un goulet, sur la route maritime courant du sud au nord de l’Europe, le site de Brest était destiné à voir s’installer un port de premier ordre.

Un site occupé depuis l’Antiquité

Vers 300 apr. J.-C. on y bâtit un complexe fortifié,  qui résista encore aux Normands au début du Xe siècle. Mais le port lui-même, installé dans une courte ria, ne fut guère fréquenté avant le XIVe siècle : devenue tête de pont des Anglais en Bretagne, Brest servit de havre à leurs vaisseaux puis revint aux ducs de Bretagne, qui en firent leur principale base maritime, avant de passer à la couronne de France en 1489.

Le musée national de la Marine de Brest vient de mettre en ligne une animation 3D du château de Brest vers 1480, au temps de la duchesse Anne de Bretagne. Réalisée par Thierry Le Masson de la cellule photographique et audiovisuelle régionale d’après les travaux de Jean-Michel Simon et des historiens Alain Boulaire et Jean-Yves Besselièvre, cette vidéo fait partie d’une série de cinq modules en 3D qui retracent l’évolution architecturale du site à des moments clés de l’histoire de Brest, de l’antique castellum gallo-romain aux transformations effectuées sous Vauban en passant par le château ducal et la résidence de la duchesse Anne. Source : info-histoire.com

Au cœur des guerres royales

À la fin du XVIe siècle, on renforça le château et la ville, puis, dans les années 1630, sous Richelieu, on installa un chantier naval sur les rives de la Penfeld. Mais c’est sous Colbert, ministre de la Marine de 1669 à 1683, que Brest devint le principal arsenal maritime français, le port étant réaménagé et ses défenses modernisées. Au siècle suivant, cette politique fut amplifiée, des bâtiments (magasin général, bagne), des formes et des bassins furent construits dans la ria élargie. De la fin du XVIIe siècle à la Révolution, c’est de Brest que furent lancées des escadres contre l’ennemi anglais et anglo-hollandais, ou, lors de la guerre d’Amérique (1778-1783), les convois destinés aux insurgés ; de même, c’est de Brest que partirent les expéditions scientifiques de Bougainville (1766) puis de Lapérouse et Fleuriot de Langle (1785). Ces sorties se soldèrent souvent par des échecs ou des désastres (batailles de Bézéviers [1690], des Cardinaux [1759], etc.), malgré quelques faits d’armes (combat de la Surveillante, en 1779).

Jean-François Hue. Vue de l'intérieur du port de Brest prise de la cale ouverte. Photo (C) RMN-Grand Palais / Christian Jean / Hervé Lewandowski. Paris, Sénat - Palais du Luxembourg

Rupture révolutionnaire et nouvelles technologies

Au début de la Révolution, l’émigration de nombreux officiers, la suppression de l’Académie royale de marine, l’insubordination des équipages désorganisèrent le port et la flotte. Grâce à la reprise en main opérée par Jeanbon Saint-André et à l’impulsion donnée aux constructions navales par Jacques-Noël Sané, la situation s’améliora pendant un temps. Le Premier Empire, quant à lui, n’apporta à Brest que désœuvrement, en dépit de l’action du préfet maritime Louis-Marie Caffarelli. Bloquée par les Anglais, la flotte ne se hasarda guère hors du goulet, tandis que dépérissait l’arsenal.
Malgré la création de l’École navale (1830), le port et l’arsenal ne connurent de regain qu’à partir de 1840, s’adaptant aux nouvelles techniques (coques métalliques, propulsion à la vapeur), ce dont témoigne, entre autres, la construction des ateliers des Capucins. Mais c’est sous le Second Empire que le port connut sa plus forte croissance, en raison, surtout, de la crainte d’une guerre avec l’Angleterre. En 1865 fut ainsi créée une escadre de l’Océan, tandis que de nombreux bâtiments neufs sortaient d’un arsenal rénové et restructuré (nouveaux bassins, extension des ateliers des Capucins, fermeture aux civils des rives de la Penfeld).

Entrée du port de Brest. Photo Gustave Le Gray, 1858. Crédit : BnF.

Sur le front des guerres maritimes

Le site fluvial originel s’avérant trop étroit, on construisit, à partir de 1889, une digue fermant une rade-abri, au bord de laquelle, à Laninon, furent creusées dès 1910 deux grandes formes de radoub, les abords de Brest étant protégés par des ouvrages fortifiés. Pendant la Première Guerre mondiale, de nombreuses troupes étrangères, dont près de 800 000 Américains, purent de la sorte débarquer à Brest. Dès les années 1920, l’arsenal lança de nouveaux navires, croiseurs et sous-marins, puis bâtiments de ligne, alors que commençait à s’affirmer la menace allemande.
Le 19 juin 1940, les Allemands entraient dans Brest, qui devint l’une de leurs principales bases, soumise à de lourds bombardements anglais dès août 1940. À la Libération, du port de guerre, qui avait en outre subi le siège de la ville et les sabotages de l’occupant, il ne restait rien.

Effacement du rôle militaire

Dans les années qui suivirent on rebâtit les édifices et structures détruits ou trop endommagés, Laninon devenant progressivement le centre du complexe portuaire. Bien que, dans les années 1950, il ait assuré la construction ou l’achèvement de grandes unités, ce rôle se dissipa peu à peu, le porte-avions Charles de Gaulle étant le dernier grand navire bâti à Brest, l’arsenal est surtout chargé aujourd’hui des opérations de refonte et de réparation. La fin de la guerre froide et le déplacement vers le sud des conflits ont dépouillé le port de nombre de ses bâtiments, malgré la présence dans la rade (île Longue) de la base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. L’arsenal et le port militaire occupent, dans une ville dont les activités se sont diversifiées, une place bien moins importante que dans le passé.
 

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Auteur : Patrick Galliou, « Brest, place forte maritime », Bécédia [en ligne], ISSN 2968-2576, mis en ligne le 24/01/2017.

Permalien: http://bcd.bzh/becedia/fr/brest-place-forte-maritime

Bibliographie 

  • Levot Pierre, Histoire de la ville et du port de Brest, Brest, 3 vol., 1864-1875.
  • Cloitre Marie-Thérèse (dir.), Histoire de Brest, Brest, UBO, 2000.
  • Galliou Patrick et Simon Jean-Michel, Le castellum de Brest et la défense de la péninsule armoricaine au cours de l’Antiquité tardive, Rennes, PUR, Collection Archéologie & culture, 2015, 220 p.

Proposé par : Bretagne Culture Diversité